Innovation dans l’IA: la Suisse ne doit pas se reposer sur ses lauriers

vendredi, 13.07.2018

Véronique Kämpfen*

Véronique Kämpfen, FER Genève.

Cette année encore, la Suisse occupe la première place mondiale du classement de l’innovation de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). D’une très intéressante interview accordée par son directeur général au Temps, il ressort que la Suisse ne doit pas se reposer sur ses lauriers. Parmi les risques majeurs se trouve celui du développement de compétences autour de l’intelligence artificielle (IA). 

Alors que la Chine et les Etats-Unis investissent massivement dans ce domaine, l’Europe se trouve à la traîne. La Suisse, grâce à l’attrait de ses Ecoles polytechniques fédérales et des start-up et incubateurs qui gravitent autour, tire quelque peu son épingle du jeu, mais tout est encore à faire. Les freins sont de plusieurs ordres, parmi lesquels une certaine défiance par rapport aux évolutions technologiques. 

Le développement de l’IA intervient dans un contexte de transformations sociétales qui favorise les ruptures. Il s’agit bien entendu de l’évolution numérique, avec des outils de plus en plus performants, le web 2.0., la désintermédiation, etc., mais aussi de la globalisation, qui a non seulement changé la donne d’un point de vue économique, mais qui a aussi un impact sur le comportement des consommateurs. Si l’IA est considérée comme une facilitatrice de notre quotidien, alors elle est enthousiasmante. La domotique, les objets ménagers connectés, par exemple, font partie de cette catégorie. En revanche, si on imagine être confronté à un robot qui agit de manière indépendante et qui développe ses propres schémas décisionnels, alors l’IA devient anxiogène.

Diversité et ouverture

Tant que les libertés fondamentales seront respectées et que la confiance technologique se maintiendra, les évolutions numériques et robotiques seront bienvenues. Dans les efforts consentis pour développer l’IA, il faudra conserver le respect de la vie privée – ce qui ne va pas de soi, l’IA se nourrissant de données, dont certaines d’ordre privé ou personnel – encadrer les risques sécuritaires en lien avec le deep learning – soit la capacité des machines d’apprendre seules – en appliquant les lois d’Asimov selon lesquelles c’est la machine qui doit être au service de l’homme et non l’inverse, et adresser les nouvelles questions juridiques qui surgiront, singulièrement en matière de responsabilité d’incidents dont des machines plus ou moins indépendantes seraient à l’origine. 

Du moment que ces prérequis sont remplis, il ne faut pas craindre d’innover dans l’IA. La Suisse et Genève ont une très belle carte à jouer. A noter qu’il n’y a pas que les start-up qui s’engagent dans l’IA. Les innovations viennent aussi d’acteurs bien implantés comme les banques, les assurances, les centres de logistiques, l’industrie des machines, la gestion des déchets, etc. Genève, grâce à ses pôles de compétence, comme celui de la Health Valley ou de la fintech, a un véritable rôle à jouer. Des organisations comme le campus Biotech participent également à ces développements.

L’innovation germe de la diversité et de l’ouverture. Tous les secteurs économiques sont concernés. La Suisse est numéro un de l’innovation depuis huit années consécutives. Tâchons de continuer sur cette voie en prenant la mesure des défis et des chances qui s’offrent à nos entreprises.

*FER Genève






 
 

AGEFI



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