Le recensement américain sera-t-il vraiment représentatif?

mercredi, 11.07.2018

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen, Indosuez Wealth Management.

La semaine passée, nous soulignions que la Cour Suprême des Etats-Unis influençait la société américaine bien au-delà des 8 années maximales d’exercice pour un(e) président(e) américain(e). Cette semaine, nous souhaitons mettre l’accent sur le recensement, qui dicte pendant 10 ans l’allocation des sièges politiques et des ressources dans le pays. 

Le recensement a lieu tous les 10 ans, selon la constitution américaine, et le prochain se déroulera en 2020. La distribution des sièges à la chambre des représentants en dépend. Par exemple, entre les recensements de 2000 et 2010, la Floride a recensé 3 millions de personnes supplémentaires, et a ainsi obtenu deux sièges de plus dans la chambre basse. La population de New York est restée stable sur la même période et l’Etat a perdu deux sièges. Par ailleurs, le nombre de sièges attribués par Etat dans la chambre basse détermine à son tour le nombre d’électeurs qu’obtient l’Etat dans le collège électoral qui, in fine, est l’organe qui élit le président. On comprend alors que la «simple» tâche de dénombrer la population devient une préoccupation majeure pour la classe politique.

Exactitude des résultats en péril

L’administration Trump a annoncé la couleur en choisissant ne pas repourvoir le siège de responsable du bureau du recensement depuis la démission de John H. Thompson l’année dernière, après avoir coupé son budget, éliminant les tests prévus en 2017 et réduisant ceux programmés pour cette année (de 3 tests à 1). L’introduction de nouvelles procédures en 2020, qui n’ont pas fait l’objet d’évaluations rigoureuses, met clairement en péril l’exactitude des résultats. 

Interroger les répondants sur leur nationalité

En effet, le bureau du recensement mentionne que le recensement sous-estime systématiquement les populations les plus fragiles, qui sont davantage sans domicile fixe et/ou sans ancrage dans la communauté, les rendant plus difficile à identifier. Pour mieux pouvoir les compter, il faut faire du porte-à-porte, mais le recensement de 2020 n’emploiera que 300.000 personnes dans ce but, contre 500.000 en 2010. À titre de comparaison, en Chine, le recensement de 2010 a employé 10 millions de personnes. Ainsi, le GAO (Government Accountability Office), le bureau qui tente d’assurer la responsabilité du gouvernement américain, a mis le recensement de 2020 sur sa liste d’actions publiques à risque élevé. 

En outre, l’administration Trump a rajouté en mars 2018 une question dans le recensement qui interroge les répondants sur leur nationalité. Le risque est de décourager les personnes immigrées de répondre au recensement, augmentant ainsi la probabilité de ne pas recenser correctement certains segments de la population. L’Etat de Californie figurait parmi les 14 Etats qui s’opposaient à l’inclusion de cette question. Rappelons que la question de la citoyenneté n’avait pas figuré sur le recensement obligatoire depuis 1950. 

En conclusion, la durée de la présidence Trump (huit ans ou moins) devient de plus en plus une préoccupation secondaire, dans la mesure où son administration dictera le ton du pays jusqu’en 2030 par les résultats du recensement, et par la Cour suprême peut être jusqu’en 2050 – chose sur quoi ses successeurs ne pourront pas revenir en arrière.

*Indosuez Wealth Managment






 
 

AGEFI



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