L’intensité des conflits commerciaux laissera des traces sur les marchés

lundi, 09.07.2018

Cédric Spahr*

Cédric Spahr, stratège actions J. Safra Sarasin.

 

Alors que les tarifs que les Etats-Unis appliqueront à partir de juillet restent modestes en valeur absolue, la perspective d’une amplification des mesures protectionnistes influencera l’appétit au risque des investisseurs. Les actions américaines sont plus sûres, en raison d’une croissance plus forte et d’un marché plus liquide. Dans les marchés d’actions de pays exportateurs en Asie, en Europe et parmi les pays émergents, les valeurs orientées sur le marché intérieur et de nature plus défensive sont recommandées.

Les Etats-Unis imposeront dès le 7 juillet des droits de douane supplémentaires de 25% sur des importations chinoises d’une valeur annuelle d’environ 34 milliards de dollar. L’extension de ces tarifs à 284 groupes de produits d’une valeur estimée à 16 milliards est en examen. Le gouvernement chinois a de son côté annoncé des mesures de représailles sur des volumes équivalents d’importations américaines. Le président Trump a en réaction ordonné la préparation d’un programme qui grèverait des importations chinoises d’une valeur de 200 milliards d’un tarif douanier de 10%. Au cas où les Chinois répliqueraient à leur tour, Trump a averti qu’une deuxième vague d’augmentation des taxes à l’importation touchant 200 milliards supplémentaires pourrait suivre. Les tarifs US constituent ne l’oublions pas aussi une réponse des USA face aux intentions de la Chine d’émerger vers 2025 comme leader dans un certains nombres d’industries-clés décrites dans l’agenda «Made in China 2025».

Dans la mesure où le Chine a importé pour seulement 130 milliards de dollar de biens et services en provenance des Etats-Unis en 2017, elle devra tôt ou tard envisager des mesures de rétorsion alternatives, même si certaines sont potentiellement à double-tranchant. La Chine peut alourdir et compliquer le processus administratif de dédouanage des importations US. Elle pourrait aussi vendre une partie de ses bons du Trésor américains, mais ceci pourrait entraîner une appréciation significative du yuan contre le dollar, pénalisant ses exportations. Dévaluer agressivement le yuan ne représente pas une solution satisfaisante non plus. Le gouvernement chinois a eu fort à faire pour enrayer la dévaluation du yuan et la fuite des capitaux en 2015. Une dévaluation trop rapide constituerait aussi une mauvaise publicité pour un pays qui cherche à positionner sa monnaie comme une alternative à long terme au dollar.

Les tensions commerciales semblent en tout cas appelées à persister et dureront au-delà des élections US de mi-mandat en novembre 2018. Si 34 milliards d’importations représentent 0.2-0.3% des PIB américain et chinois, des frictions commerciales persistantes entre les Etats-Unis d’un côté, la Chine et l’Europe de l’autre, laissent craindre une spirale de mesures de rétorsions qui pourrait pénaliser l’économie réelle. L’augmentation de l’aversion au risque sur les marchés financiers favorise les actions américaines par rapport aux marchés d’actions de pays exportateurs. Ceci inclut en Asie le Japon, la Corée du Sud, Taiwan et la Thaïlande. En Europe, l’Allemagne est le leader parmi les pays exportateurs, suivie à une certaine distance par la France, la Suisse et la Suède.

* Stratège actions J. Safra Sarasin

 

 






 
 

AGEFI


 

 



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