Si seulement nous étions tous Japonais!

vendredi, 06.07.2018

Michel Santi*

Le Japon est aussi connu pour ses smartphones et pour ses robots que pour l’implosion de sa méga bulle immobilière intervenue un peu moins de vingt ans avant celle des subprimes en 2007 aux Etats-Unis, ayant elle-même précédé la liquéfaction des marchés immobiliers espagnols et irlandais dès 2009.

De fait, l’effondrement immobilier et financier au Japon a pulvérisé tous les records et, à cet égard, l’évolution de l’indice boursier Nikkei est tout à fait significatif. Ayant enregistré un pic historique à près de 39.000 en 1989, il n’a plus jamais été capable de remontrer à ce niveau puisqu’il se situe aujourd’hui autour des 23.000 points. Selon l’économiste japonais Richard Koo, cette période a causé trois fois plus de pertes au Japon que d’avoirs volatilisés aux USA durant la Grande Dépression!

Et pourtant, le Japon s’en est admirablement sorti, non seulement pour n’avoir jamais subi tout au long des années 1990 de contraction économique, mais également car il est en passe de devenir un modèle à suivre d’économie mortellement atteinte aujourd’hui bel et bien ressuscitée. Sa croissance – quoique fort anémique – des années écoulées fut certes redevable à des endettements colossaux combinés à de multiples plans de relance et autres stimuli. Pour autant, cette même croissance anémique ayant façonné le paysage nippon de ces vingt dernières années fut précisément due à des plans timorés, trop prudents, bref à des réponses peu déterminées ayant prolongé la souffrance de cette nation et transformé des premières années difficiles en une longue agonie qualifiée de «décennie perdue».

Si les indices boursiers japonais n’ont toujours pas rejoint leurs niveaux d’antan, l’économie de ce pays semble toutefois avoir récupéré l’essentiel de la prospérité ayant précédé l’implosion de sa bulle. Les statistiques traditionnelles peinent cependant à le démontrer car la baisse de la population active due à de vrais problèmes démographiques au Japon fausse les chiffres. Il est en effet impossible de percevoir le dynamisme actuel de l’économie japonaise à travers le prisme banal du P.I.B. car celui-ci recense l’ensemble de la population, y compris la masse des seniors qui ne produisent quasiment plus rien. Il est donc bien plus intéressant d’analyser l’activité économique du pays par tranche d’âge, voire par sexe. La participation au monde du travail des femmes entre 25 et 54 ans a en effet bondi de près de 10 points (de 70% à 79%) depuis 2012, de sorte que l’ensemble de la tranche d’âge des 25-54 ans tous sexes confondus est employée aujourd’hui à plus de 85%. Autrement dit, et du haut d’un taux de chômage global de 2.5%, le plein emploi est largement rétabli au Japon, sachant que celui-ci n’avait jamais excédé les 6% au plus fort de la crise.

Le Japon – qui accusait un retard de 15 points de croissance derrière les Etats-Unis depuis les années 1990 – a désormais rattrapé tout son retard et a aujourd’hui comblé ce «gap». L’explication en est fort simple et elle s’appelle Shinzo Abe, l’actuel Premier Ministre qui – arrivé en 2012 – a affiché une détermination sans faille à redresser l’économie de son pays. Il a mis en place des réformes visant à massivement favoriser l’entrée des femmes sur le marché du travail, tout en activant frénétiquement la planche à billets de sa banque centrale afin de remettre de l’huile dans les rouages économiques. Ce faisant, le Japon et Shinzo Abe ont donné une magistrale leçon d’économie aux fétichistes des déficits: ils ont a démontré que la confiance – ingrédient crucial – peut se décréter, parfois le plus simplement du monde.

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