Le financement des start-up suisses, mon fils, Donald Trump et les Chinois

vendredi, 06.07.2018

Anne Tschanz Vakula*

Le mot start-up est sur toutes les lèvres, dans tous les journaux et magazines, et pourtant les start-up peinent à trouver en Suisse le financement dont elles ont besoin une fois que l’apport initial des «friends & family» est épuisé. Arriverons-nous prochainement par en être plus fascinés et attirés qu’effrayés et irrités?

Elles irritent car elles sont synonymes de jeux vidéo et de réseaux sociaux, à nos yeux tous plus inutiles que débilitants pour nos adolescents. Elles effraient car leurs produits et services intégrant intelligence artificielle et parfois blockchain entraînent la destruction de milliers d’emplois sans sembler en recréer autant à première vue. Qui plus est les robots ne payent pas (encore) d’impôt.

Finalement elles fascinent avec leur unicorne, mais nous les suisses ne croyons pas qu’il soit possible qu’une start-up née et grandie en Suisse puisse devenir une «Unicorn». Un tel miracle est réservé aux surdoués de Standford, Berkeley ou du MIT, pas à nos jeunes ingénieurs de l’EPFL élevés au lait frais des montagnes.

Depuis bientôt une année, grâce à ma collaboration avec l’accélérateur de start-up genevois Fintech Fusion (www.fusion.xyz) j’ai rencontré plusieurs dizaines de fondateurs de start-up et au contraire, je ne vois absolument aucune raison pour laquelle une start-up suisse ne pourrait pas atteindre un jour un milliard de dollars de valorisation. Mais pour cela, il faudrait d’abord nous mobiliser tous pour leur assurer le financement dont elles ont besoin. Le plus rapidement elles trouveront un financement, le plus vite nous verrons une unicorne suisse. 

Environ 20 à 30% des start-up survivront

Les ordinateurs qui ont rendu mon fils «si gâté et paresseux» par certains côtés, l’ont aussi rendu très sensible aux «pains», aux douleurs. Le seuil très bas de tolérance des jeunes à toute forme de répétition, d’ennui, de pénibilité, les conduit paradoxalement à être créatifs, à innover, et donc à chercher et trouver comment la technologie peut rendre leur vie – et la nôtre au passage – toujours plus agréable. 

Je connais des dizaines de start-up suisses basées entre Zürich, Lausanne et Genève qui recherchent du financement. Environ 20 à 30% d’entre elles survivront et deviendront très profitables. Ces start-up apportent des solutions dans des domaines et applications variés: Comment accroître la mobilité en baissant les coûts et sans augmenter le trafic routier? Comment empêcher l’apparition d’accidents cardiaques dont les séquelles sont extrêmement lourdes et onéreuses pour les caisses maladies? Comment permettre aux petites et moyennes entreprises d’obtenir des crédits à des taux raisonnables? Comment la technologie peut-elle faire collaborer ensemble tous les acteurs du tourisme pour offrir les meilleures expériences au coût le plus bas? Comment faire atterrir des avions en toute sécurité même par un épais brouillard? Comment dois-je investir de manière à atteindre 10 objectifs que je me suis fixés? Est-il possible de digitaliser toutes les règles de compliance et les règles réglementaires dans les domaines bancaires ou pharmaceutiques par exemple afin de pouvoir affirmer au conseil d’administration que ces risques sont «sous contrôle»?

Des start-up suisses travaillent quotidiennement à apporter des réponses sérieuses à ces questions.

Au lieu de nous lamenter sur les taxes sur les importations d’acier et d’aluminium imposées récemment par le président Donald Trump, nous ferions mieux de considérer ce type de décision comme une opportunité à saisir: celle d’investir beaucoup plus dans des entreprises innovantes basées en Suisse, au moins autant que ne le font les chinois qui discrètement ont bien compris où se trouvaient leurs intérêts en Helvétie.

*Directrice Sergan Management






 
 

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