Les réformes russes peuvent-elles survivre à la crise diplomatique?

mardi, 03.07.2018

Naomi Waistell*

Naomi Waistell, gérante Newton IM.

Alors qu’une crise diplomatique menace les plans de croissance de la Russie, la prochaine Coupe du monde pourrait donner un coup de pouce à l’économie, parallèlement aux réformes prévues par Poutine. La prochaine Coupe du monde de football de la FIFA, que la Russie accueillera cette année et dont le match d’ouverture aura lieu demain soir, pourrait fournir un nouvel élan à l’économie. Analyse. 

La victoire écrasante remportée par le président russe Vladimir Poutine en mars dernier a attiré l’attention sur son objectif d’augmenter le PIB russe par habitant de 50 % d’ici le milieu de la prochaine décennie. Afin de réaliser cet objectif, M. Poutine dit qu’il a l’intention de doubler les revenus non liés aux ressources naturelles et d’accroître la productivité et le capital humain par le biais de dépenses dans des domaines tels que l’éducation, les soins de santé et la technologie, et d’intensifier les efforts pour stimuler l’infrastructure et encourager l’esprit d’entreprise en Russie.

Pourtant, ces plans ambitieux ont été éclipsés par les retombées politiques et diplomatiques internationales du récent scandale d’empoisonnement entre le Royaume-Uni et la Russie. L’empoisonnement a conduit plus de 20 pays et l’OTAN à expulser 150 diplomates russes. Dans le cadre de ses représailles, la Russie a ordonné au Royaume-Uni de réduire sa propre présence diplomatique dans le pays.

L’implication de la Russie dans le conflit syrien en cours a également été fortement critiquée par les dirigeants occidentaux. Plus récemment, les nouvelles sanctions américaines et les préoccupations croissantes concernant l’implication militaire de la Russie en Syrie ont fait chuter les niveaux des actions, des obligations et des devises russes.

Craintes d’escalade

Les événements récents et leur escalade potentielle représentent une menace réelle à la reprise économique russe naissante, bien que seul le temps puisse déterminer l’impact économique à long terme d’une détérioration rapide des relations internationales. La Russie a traversé une récession très profonde et venait tout juste de sortir de l’autre côté de cette récession. Jusqu’aux récents événements à Salisbury, à la réaction internationale qui en a résulté et aux derniers agissements en Syrie, la croissance s’accélérait, les taux d’intérêt diminuaient, le rouble et les prix du pétrole s’étaient stabilisés et il y avait des signes que l’économie russe commençait à se reconstruire.

A plus long terme, l’impact global des événements récents et de la crise diplomatique qu’ils ont provoquée demeure incertain. Il est possible que les relations déjà tendues entre la Russie et l’Occident puissent se transformer en tactiques de rétorsion et que la Loi du talion reprenne le dessus. Ce ne serait pas dans l’intérêt économique de la Russie ni de ses partenaires commerciaux.

Si nous espérons que les conditions économiques s’amélioreront en Russie, nous restons également incertains quant à l’engagement de Poutine à réformer. L’objectif de Poutine d’augmenter le PIB de 50% d’ici 2025 nécessitera d’énormes réformes. Cependant, en dépit de la rhétorique récente, son appétit pour adopter cette réforme semble discutable. La Russie est confrontée à un certain nombre de défis économiques, notamment sa dépendance à l’égard de la production d’énergie, ses niveaux d’entrepreneuriat remarquablement bas et sa dépendance à l’égard d’anciennes entreprises lourdes qui ne stimulent guère la croissance.

La Russie a mis du temps à investir dans l’éducation pour attirer les jeunes sur le marché du travail et ne semble pas avoir suffisamment investi dans la santé. Les russes ont tendance à avoir une vie professionnelle très courte et le niveau de productivité dans le pays est très bas.

Attention à la marche!

Une disparité croissante entre riches et pauvres a conduit à des appels publics au changement qui se font de plus en plus nombreux, les citoyens souhaitant que le gouvernement russe les récompense pour leur loyauté politique envers Poutine.

Même si le doute persiste sur le fait que Poutine adoptera toutes les réformes nécessaires pour permettre le rééquilibrage total de l’économie russe, les signes d’espoir sont bel et bien là! Il a promis de doubler les dépenses de santé entre 2019 et 2024 et le gouvernement russe semble être déterminé à dépenser davantage pour améliorer la technologie et les infrastructures. Dans le secteur privé, la situation n’est pas complètement sombre, avec des développements prometteurs et des opportunités émergentes dans des secteurs tels que la banque et le commerce électronique.

La Coupe du monde de football de la FIFA, que la Russie accueillera cette année, pourrait également fournir un nouvel élan à l’économie. La Coupe du Monde pourrait s’avérer un test intéressant pour la Russie. Beaucoup de gens vont assister à des matchs cette année. D’un point de vue économique, le tournoi a entraîné de nouvelles dépenses importantes pour renouveler l’infrastructure grâce à de nouveaux stades et l’augmentation probable des dépenses des touristes et des russes voyageant vers les matchs pourrait apporter de réels avantages à court terme.

Alors que le sentiment occidental est actuellement peu favorable à l’égard de la Russie, la Coupe du Monde pourrait fournir une bonne occasion pour les visiteurs étrangers de parler aux gens sur le terrain et évaluer si la Russie est vraiment le foyer d’intrigues que certains ont acclamé. Sur le plan personnel et social, le tournoi devrait donner au moins l’occasion d’améliorer les relations entre les gens ordinaires de Russie et d’autres pays participants comme l’Angleterre, et de mettre de côté les tensions politiques le temps d’une parenthèse sportive.

*Gérante Newton IM (BNY Mellon IM)






 
 

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