Quelques abréviations à retenir absolument

mercredi, 13.06.2018

MARIE OWENS THOMSEN*

Marie Owens Thomsen, chef économiste Indosuez Wealth Management.

La question du changement climatique et les considérations touchant à la gouvernance et au social sont souvent abordées dans les médias, mais plutôt en bruits de fond, sans que nous nous sentions réellement touchés et sans que nous n’ajustions notre manière d’investir en conséquence. Pourtant, les choses évoluent.

En 2015, les Nations Unies ont adopté 17 objectifs pour le développement durable, couramment nommés SDG (Sustainable Development Goals). 193 pays ont adhéré au plan permettant d’avancer vers ces 17 objectifs, en passant par 169 actions spécifiques d’ici 2030. La même année, 195 pays ont adopté l’accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique à un maximum de 2°C. 

Toujours en 2015, Mark Carney, gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre et président du Conseil de stabilité financière, ramenait ces vastes thématiques au monde financier dans un discours aux assureurs du Lloyds of London. Il identifiait les risques pour la stabilité du système financier en mettant un accent particulier sur la valorisation des biens d’investissement dans ce contexte. Le Conseil de stabilité financière a formé un groupe de travail, le TCFD (Task force on Climate-related Financial Disclosures) qui a émis en 2017 des recommandations sur ce que les institutions financières et non-financières doivent être capables de mesurer et divulguer. Les recommandations touchent à la gouvernance, la stratégie, la gestion des risques, et aux indicateurs et objectifs à divulguer et à atteindre. Le délai pour leur mise en œuvre est de cinq ans, soit 2022. Il est estimé que le changement climatique aura un impact sur le stock global des biens d’investissement allant de 4.2 à 43 mille milliards de dollars d’ici la fin du siècle.

Les sociétés qui détiennent des biens en direct, mais aussi tous ceux qui les possèdent indirectement seront impactés. Certains biens sont plus évidemment touchés que d’autres, et ce, si le réchauffement se limite ou non à 2°C. Pour respecter cette limite, l’énergie fossile devra devenir obsolète. Dans le cas contraire, la valeur des biens serait de toute façon altérée par les conséquences du réchauffement. Il est crucial pour tous types d’investisseurs de prendre conscience que la valorisation de nos biens d’investissement va changer, selon tous les scénarios possibles et peu importe notre conviction sur le sujet du climat.

Il est possible que la prise de conscience se fasse d’un coup, comme un tsunami. Certes, quand tout le monde divulguera ses estimations, le débat sera intensifié. Mais il est peut être nécessaire de voir des dégradations des notations par les agences Moody’s et S&P pour que les investisseurs se sentent directement concernés. Pourtant, penser que nous ne sommes pas déjà affectés en tant qu’investisseurs revient à adopter la position de l’autruche. 

Pour sortir nos têtes du sable, regardons la dégradation de la notation souveraine de la Barbade, par exemple, ou la performance boursière des grandes sociétés de services aux collectivités allemandes, ainsi que les prix des maisons sur la côte floridienne qui commencent déjà à montrer une appréciation des risques plus aiguë.

L’investissement est l’analyse des risques. Les risques liés aux SDGs et TCFD vont rapidement devenir bien plus transparents et quantifiables. Cela est une très bonne nouvelle. Pour les investisseurs, mieux vaut agir en amont qu’en aval.

*Chef économiste INDOSUEZ WEALTH MANAGEMENT






 
 

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