Pourquoi parler maintenant d’industrie 4.0?

mercredi, 13.06.2018

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse, mathématicien et digital shaper.

Si les gens savent très bien distinguer les deux premières révolutions industrielles à savoir celle de la «machine à vapeur» et celle de la «machine-outil», ils ont en général plus de peine à faire une claire distinction entre la 3e et la 4e révolution. Pourquoi?

En fait, c’est parce que ces deux dernières ont été façonnées par le numérique. Ce qui entraîne chez la plupart des gens une certaine confusion. Donc voici un moyen simple de les distinguer: dès lors que l’on parle d’Intelligence artificielle (IA) on est dans la quatrième révolution. 

Par contre si l’on parle d’informatique, d’automatisation, de robotique voire d’Internet alors c’est de la troisième révolution qu’il s’agit. Ainsi la «machine à commande numérique» est le symbole de la troisième et le «machine learning» de la quatrième.

C’est donc bien quand l’IA est appliquée au hardware (machines, véhicules et objets) que l’on bascule véritablement dans la nouvelle modernité. Smart City, Smart Car, Smart Watch, Smart Grid, Smart Factory, Smart Everything voilà les points de rupture.

L’auto-apprentissage pour les logiciels

En somme, quand de l’IA est embarquée dans les machines alors on peut parler d’industrie 4.0, de nouvelle révolution industrielle. Mais, il ne faut pas s’y tromper le mouvement vient tout juste de débuter. On commence à peine à mettre de l’IA dans nos machines, véhicules et objets. Ainsi, ce n’est que lorsque des logiciels fonctionneront en auto-apprentissage que l’on sera autorisé à parler de cette quatrième révolution. De manière générale, tout ce qui est lié à l’analyse des données, comme le Big Data, ne fait pas partie véritablement de cette révolution.

L’exemple de Vaucher manufacture Fleurier

Prenons un exemple: Vaucher manufacture Fleurier vient de prendre livraison de la Willemin Macodel 701S, une toute nouvelle machine capable d’identifier en temps réel et toute seule ses erreurs d’usinage et le cas échéant de le signaler au technicien ou de les corriger elle-même. On a bien ici à faire à une véritablement nouvelle conception de la machine-outil à commande numérique. 

On bascule donc dans du 4.0. On parle alors de fabrication «intelligente». C’est un changement radical dans la vision industrielle horlogère. Vaucher manufacture Fleurier montre le chemin à tous. Imaginez-vous bien que ces machines sont capables d’auto-apprentissage en détectant des malfaçons. Tout à fait révolutionnaire.

Dès lors, on peut se rendre compte comment la majorité des industriels suisses vont entamer leur révolution. C’est un moment historique qui va entraîner des changements profonds. Souvenons-nous des révolutions industrielles précédentes qui ont toutes entraîné avec elles des mutations sociales fondamentales. 

Que ce soient l’urbanisation des villes, la désertification des campagnes, l’école obligatoire, les lois de protection sociale, les congés payés, la société de consommation et de loisir, les rentes vieillesses, les réseaux sociaux ou les MOOC, la société évolue toujours sous l’impulsion des révolutions industrielles. A n’en pas douter, il en sera de même avec l’Intelligence Artificielle.

En résumé: le «machine learning», pièce maîtresse de l’IA, est le marqueur de nos propres «temps modernes»!

*Mathématicien, digital shaper 






 
 

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