L’Italie réintroduit le supplice de la douche écossaise

mardi, 12.06.2018

Cédric Spahr*

Les partis eurosceptiques italiens sont arrivés au pouvoir en surfant sur une vague de rejet de l’austérité économique, alors que le pays fait face à de nombreuses difficultés en termes d’emplois et de gestion des flux d’immigrants. L’augmentation des dépenses publiques devrait conduire à un bras de fer avec les partenaires européens. Les investisseurs doivent prendre en compte le risque de nouvelles secousses sur le marché obligataire italien et son impact potentiel sur les valeurs financières européennes.

Le nouveau gouvernement italien, qui réunit la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles (M5S), annonce un changement de décors significatif pour les marchés d’actions européens, alors que la dynamique conjoncturelle se ralentit dans la zone euro. Les électeurs italiens ont majoritairement accordé leur confiance à des formations politiques qui entendent favoriser la création d’emplois et offrir un revenu minimum aux citoyens défavorisés. L’austérité ayant atteint ses limites au moins politiques en Italie, le contrat de coalition prévoit d’augmenter les dépenses publiques et de baisser les impôts, mariage un peu exotique des programmes du M5S et de la Ligue, qui n’est pourtant pas sans rappeler le récent virage fiscal des USA en janvier dernier. Les gardiens de l’orthodoxie fiscale et monétaire ont beau jeu de mettre en avant les faiblesses institutionnelles de l’Italie, qui se sont entre autres traduites par l’élimination lente et insuffisante des crédits non-recouvrables dans son système bancaire. Ceci dit, l’Italie a dû faire face à une forte concurrence internationale qui a pénalisé ses secteurs économiques à plus faible valeur ajoutée. Le secteur de l’habillement et des textiles a été laminé par la concurrence chinoise, dans une économie qui peine structurellement à se renouveler. Le taux de chômage atteint 11% et le chômage des jeunes entre 15 et 24 ans dépasse les 30%. La population active a décliné de 400.000 personnes à 45,2 millions, de 2014 à 2017. Maintenir le PIB à son niveau actuel demandera de réels gains de productivité, alors que celle-ci stagne depuis 2000. La vague d’immigrants qui a déferlé sur l’Italie a de plus exacerbé le sentiment d’insécurité et celui d’abandon de la part de ses partenaires européens.

Avec un déficit public estimé à 1,7% du PIB par la Commission Européenne en 2018, l’augmentation des dépenses prévue semble devoir tôt ou tard entrer en collision avec la limite fixée à 3% par le Pacte de stabilité et de croissance. L’augmentation brutale enregistrée par le différentiel de rendements entre emprunts d’état italiens et allemands à fin mai laisse supposer que d’autres secousses pourraient se produire sur le marché obligataire italien à l’avenir. Comme les banques italiennes détiennent environ 140 milliards d’euros de dette publique italienne et les banques françaises environ 50, les investisseurs devront faire attention aux risques de contagion en sélectionnant parmi les valeurs financières européennes. Si le pire n’est pas certain, les tensions entre Rome et Bruxelles sur des sujets fiscaux semblent par contre des plus probables.

*Stratège actions J. Safra Sarasin






 
 

AGEFI



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