Réduction de CO2: la Suisse aussi bonne élève que l’Allemagne

lundi, 11.06.2018

Jacques Neirynck*

Il est de bon ton de plaider pour la poursuite du nucléaire en stigmatisant l’Allemagne qui produit encore 41% de son électricité dans des centrales à charbon.

On essaie de la sorte d’enfermer le débat dans un cercle vicieux: le nucléaire ou le réchauffement climatique. C’est bien gênant pour les écologistes de salon coincés entre des impératifs contradictoires.

Qu’en est-il en réalité? L’Allemagne a réduit ses émissions de CO2 de 27% entre 1990 et 2015, la France de 16%, la Suisse de 25%. La part du renouvelable est de 13,3% en Allemagne, de 9,2% en France et de 14,9% en Suisse. La Suisse est donc un meilleur élève que la France, presque à niveau avec l’Allemagne.

La difficulté vient de la comparaison des inconvénients. La Suisse sortira du nucléaire par suite de Fukushima. Si le cœur de Mühlberg fondait, il faudrait évacuer définitivement Berne, Fribourg, Neuchâtel et Bienne, soit un million d’habitants que l’on ne saurait accueillir, indemniser et reloger dans de bonnes conditions. La leçon est simple: pas de centrale nucléaire dans une zone densément peuplée, à proximité de grandes agglomérations. Mais il est un autre message: quel sera le prix du démantèlement, que faire des déchets?

On n’a pas de réponse pour l’instant. L’Allemagne sera sortie du nucléaire dès 2022, la France ne l’envisage pas, la Suisse trainera les pieds. La menace du CO2 est plus pressante encore. L’élévation de la température de la planète entrainera certainement toutes sortes de maux: élévation des océans et submersion de Zones côtières, désertification de terres fertiles, importantes migrations de populations privées de leur habitat, que personne ne voudra accueillir. Ce n’est pas la menace d’un accident aléatoire mais une certitude et donc une urgence.

Pour brouiller encore un peu plus les cartes, il y a surproduction d’électricité en Europe au point que les prix sur le marché international se sont effondrés, au point que les barrages suisses ne sont plus rentables. Il n’y a pas pénurie, mais pléthore!

Les Allemands paient leur électricité deux fois plus cher que les Français pour subventionner les éoliennes de la Mer du Nord. La France demande que l’Allemagne ferme ses centrales à charbon et l’Allemagne que la France ferme ses centrales nucléaires.

Bref chacun joue en fonction de ses intérêts immédiats. Les plaidoyers forcenés dans un sens ou dans l’autre s’accompagnent de chiffres faussés dans une perspective partielle. Or le problème est global. Il n’y a qu’un seul climat et le nucléaire est une technique avortée. La seule politique sensée consiste à s’équiper en énergies renouvelables le plus vite possible, à privilégier les voitures électriques et les transports en commun, à réduire les transports aériens, à mieux isoler les logements.

C’est un problème éminemment politique à résoudre d’abord à l’échelle de l’Europe, puis de la planète. La lenteur proverbiale de la Suisse, la dissolution du pouvoir en entités superposées, l’isolationnisme traditionnel sont des facteurs défavorables.

Et puis à quoi sert-il de sauver la Suisse par des plans énergies aussi vertueux qu’inappliqués, si la planète vient à périr et si un milliard d’Africains se retrouvent au pied du Gothard. C’est bien joli d’avoir un Conseil fédéral. Ne vaudrait-il pas mieux d’avoir un gouvernement avec un général de l’énergie?

* Professeur honoraire EPFL






 
 

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