L’Italie et les marchés financiers

mercredi, 06.06.2018

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen, chef économiste à Indosuez Wealth Management.

L’Italie a évité la tenue de nouvelles élections en proposant un gouvernement «tripartite» (un Premier ministre et deux députés) et un ministre de l’Economie moins europhobe que Paolo Savona, initialement désigné. Ce dernier, à 81 ans, a donc été nommé ministre des Affaires européennes, et Giovanni Tria, 69 ans, a pris sa place à la tête de l’économie.

Monsieur Tria a auparavant été employé auprès du Trésor italien, au ministère des Affaires étrangères, ainsi qu’à la Banque mondiale. Son profil a su rassurer les marchés financiers, et le taux d’intérêt à 10 ans, qui avait progressé de 1.8% début mai à 3.2% le 29 mai (+136 points de base), s’est affaibli (à 2.6% au 1er juin). L’ampleur de ces mouvements n’était pas sans rappeler la crise de l’euro en 2011, quand ce même taux était passé de 4.9% en août 2011 à 7.3% (+240 points de base) en novembre de la même année. Les niveaux des taux d’intérêts sont bien plus bas à l’heure actuelle, et l’évolution en points de base a été moindre, mais la vitesse avec laquelle les marchés ont réagi était cette fois-ci supérieure.

Financer la dette

L’une des préoccupations majeures des marchés financiers reste la capacité de l’Italie à financer sa dette, qui s’élève à 131,4% du produit intérieur brut (PIB) du pays. Ce chiffre certes très important doit pourtant être étudié sous tous ses angles. D’abord, la dette japonaise a dépassé les 200% du PIB en 2009 et a augmenté depuis, et celle de Singapour est au-delà des 110% du PIB. On constate alors, qu’en général, il faut être riche pour pouvoir s’endetter.

Le FMI (Fond monétaire international) estime que l’Afrique dans son ensemble a un taux d’endettement sur PIB de 55%, contre 74% en Europe et 103% en Amérique du nord. L’Asie centrale et le Caucase ont le taux le plus faible de toutes les régions, à 28%. Pouvoir s’endetter est donc à un certain degré un avantage qui, si les fonds sont bien employés, permet à l’économie de se développer davantage.

Néanmoins, un excès de dette peut engendrer des difficultés pour le paiement des intérêts et des amortissements. L’Italie n’est toutefois pas dans cette situation. Par habitant, la dette Italienne s’élève à 59.000 dollars en dessous du Japon, de l’Irlande, des Etats-Unis et de la Belgique. Par ailleurs, la dette italienne demeure majoritairement entre les mains des Italiens et au Japon seul 6% de la dette est détenue par des étrangers, tandis que 44% de la dette américaine, par exemple, est financé par l’étranger. Un taux élevé de participation des étrangers dans le marché de la dette domestique peut être un désavantage car ces flux peuvent s’avérer très volatils.

En outre, l’Italie présente un déficit sur son budget inférieur à celui de la France, du Portugal, et de l’Espagne, pour n’en nommer que quelques-uns. Son budget primaire – avant paiement d’intérêts sur la dette – affiche l’un des surplus les plus importants dans le monde, à 2,3% du PIB, contre celui de l’Allemagne à 1,5% (FMI).

Encore serait-il plus utile de connaître les actifs des pays, et non seulement le passif. En effet, les comptes nationaux ne comprennent pas de bilan des pays, et le PIB n’est que le compte de résultat. Aucun particulier ne pourrait s’endetter sans présenter son bilan. Combler cette lacune nous paraît constituer un bien plus grand défi pour les marchés financiers dans leur ensemble que la dette italienne.

* Chef économiste Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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