Performances boursières: la bulle tech, 20 ans après

vendredi, 18.05.2018

Emmanuel Ferry*

Les valeurs technologiques rentrent dans une zone de surchauffe. La disruption a un prix et l’excès de domination attise le retour du contrôle politique

Le secteur des technologies a été le grand gagnant de la période post crise financière dominée par trois facteurs: sur-activisme des banques centrales (QE, taux zéro), faible croissance économique, aversion pour le risque. L’appréciation est de plus de 500% depuis mars 2009 (22% annualisé, contre 17% pour le S&P500). Cette surperformance a été exceptionnelle en 2017, avec +39% pour la Tech (dont +59% pour les FANG i.e. Facebook, Amazon, Netflix, Google) contre +18% pour le S&P500 hors Tech. Le niveau actuel du S&P500 qui est de 2600 serait de 2000 hors sociétés de technologie.

Près de 800 milliards de dollars off-shore

La bulle technologique est largement concentrée dans le e-commerce (+1310% depuis mars 2009, soit 33,5% annualisé.). Cela constitue la 3e bulle financière depuis 40 ans, derrière la bulle TMT de 2000 et celle des subprimes de 2007.

En capitalisation boursière, le secteur de la Tech US représente USD 6,5 trillions, contre une capitalisation totale de la zone euro de 5 trillions (la valeur des 8 sociétés regroupées sous l’acronyme des FAAMG+BAT, c’est-à-dire Facebook, Amazon, Apple, Microsoft, Google + Baidu, Alibaba, Tencent).

Enfin, de manière anecdotique, la capitalisation de Facebook (25.000 employés) dépasse celle de l’Inde (1,3 milliards d’habitants).

La performance boursière des valeurs technologiques est exceptionnelle, tant pour des raisons macro-financières que micro: les disruptions économiques et sociales sont majeures et durables. Toutefois, l’hyper-domination des leaders technologiques les rend vulnérables à une augmentation de la réglementation et de la fiscalité, en particulier dans le contexte politique et budgétaire actuel (populisme, inégalités maximales, dettes publiques record).

La tech est un secteur riche en liquidités (près de 800 milliards de dollars off-shore), très international (près de 60% des revenus hors US), peu taxé (taux d’imposition effectif de 16,9% vs. 19,3% pour le S&P500) et très peu régulé. Le risque politique pourrait être le grain de sable.

L’audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès a sans doute marqué une rupture avec un cycle inévitable de régulation, à l’image d’autres secteurs dans le passé (tabac: 1992, finance: 2010, biotech: 2015). Ces inflexions politiques et règlementaires ont à chaque fois conduit à une sous-performance marquée.

Le caractère systémique de la bulle tech est évident: les FANG ont contribué à près de 20% de la performance du marché américain depuis cinq ans (un quart en 2017). Ces quatre jeunes sociétés représentaient 9.3% du S&P500 fin 2017 contre 3.5% fin 2012. Ce nouveau paradigme va se heurter à la valorisation (P/E des FANG de 150x) et au poids de la tech (24% du poids des bénéfices attendus du S&P500, un poids équivalent au secteur TMT en 2000).

Les épisodes récents de remontée des taux d’intérêt et d’inflation ont déclenché des phases de correction boursière des valeurs technologiques, non pas pour des raisons fondamentales, mais davantage pour des motifs de rotation de portefeuilles. Comme en 2000, personne n’ose encore passer long Energie / short Tech, c’est-à-dire vendre le secteur le plus adoré et acheter le secteur le plus détesté. C’est seulement une question de temps.

*Banque Pâris Bertrand Sturdza






 
 
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