Marché du travail: le bon réflexe

vendredi, 18.05.2018

Stéphanie Ruegsegger*

La Suisse se porte bien et son marché du travail affiche un taux de chômage à faire pâlir de jalousie ses voisins, avec une nouvelle cote à 2,7%.

En parallèle, les entreprises suisses devront dès juillet prochain annoncer obligatoirement les ouvertures de postes, en vue de lutter contre une immigration massive qui mettrait à mal notre marché du travail. Une situation plutôt paradoxale.

Cette obligation est la traduction concrète de l’initiative UDC contre l’immigration de masse, acceptée en février 2014. Ce principe constitutionnel sera mis en œuvre dès juillet, par une nouvelle exigence envers les entreprises: celles-ci devront, sous condition notamment du taux de chômage dans leur genre de profession, annoncer les postes ouverts à l’office régional de placement (ORP). Ce dernier bénéficiera alors d’un délai de cinq jours pour proposer le poste à ces bénéficiaires inscrits, avant qu’il ne soit ouvert sur le marché.

Si elles omettent cette obligation, elles seront alors passibles d’une amende pouvant atteindre 40.000 francs. Une démarche fastidieuse, dont les entreprises, qui croulent déjà sous les tâches administratives, se seraient bien passées. D’autant que la liste des genres de professions, récemment publiée par le Conseil fédéral, est dans certains cas plutôt folklorique. On y apprend ainsi que le chômage est particulièrement élevé dans notre pays pour les télexistes (sic).

Au-delà de la contrainte imposée aux entreprises et des incongruités de la liste des groupes de profession, on peut s’étonner de devoir ainsi lutter contre une supposée immigration massive, avec un taux de chômage si bas. Certes. Mais c’est le prix à payer si nos entreprises veulent pouvoir continuer à recruter rapidement le personnel nécessaire à leur bon fonctionnement. En clair, il est demandé d’avoir le réflexe de chercher la perle rare sur le marché local, avant de se tourner vers l’étranger. Faute de quoi ce sont les accords bilatéraux qui seront menacés, et avec eux la possibilité de recruter facilement la main-d’œuvre qui fait défaut dans notre pays.

Un récent article faisait mention du danger de pénurie de personnel qui plane sur la Suisse. Or, l’accès à une main-d’œuvre qualifiée est un élément indissociable de la compétitivité d’un pays: perdre du temps pour recruter la bonne personne, c’est tarder d’autant à développer les activités et prendre le risque d’être dépassé par des concurrents. Dans de telles conditions, les entreprises pourraient être tentées de développer leurs activités dans des contrées plus ouvertes en matière de recrutement de main-d’œuvre.

Alors même si l’obligation d’annonce est une contrainte et que de nombreux points méritent d’être clarifiés, elle peut être une chance pour faire des ORP de vrais partenaires, en phase avec les besoins des entreprises. Elle doit surtout éviter que, d’une supposée immigration de masse, notre marché du travail ne soit victime d’une évasion massive d’entreprises, dont les Suisses seraient les premières victimes.

* FER






 
 

AGEFI



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