Qu’est devenue... la crise de l’euro?

jeudi, 17.05.2018

Philippe G. Müller*

Divers journaux proposent une rubrique «Que sont-ils devenus...» dressant le portrait d’athlètes qui ont eu leur heure de gloire dans le passé. 

On y découvre à quelles occupations s’adonnent aujourd’hui ces anciens sportifs qui avaient autrefois le statut de stars. Quand on se demande ce qu’il est advenu de la crise de la dette en Europe, on a un peu le même sentiment qu’à la lecture de ces articles. C’était pourtant quelque chose.

Il y aura bientôt sept ans, à la suite de la profonde récession entraînée par la crise financière, le malheur s’est abattu sur la Grèce d’abord, puis sur l’Italie, l’Espagne et le Portugal. 

Du fait de leur situation financière calamiteuse, ces pays ont dû payer des intérêts exorbitants pour se procurer de l’argent sur les marchés des capitaux afin de financer des budgets publics très déficitaires.

Tout ce qu’il faut pour préserver l’euro

La crise a cessé brusquement le 26 juillet 2012, quand Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE), a prononcé un discours devenu presque légendaire, affirmant: «L’ECB est prête à tout ce qu’il faut pour préserver l’euro. Et, croyez-moi, cela suffira!».

En faisant passer, de manière sibylline, le message qu’il était prêt au besoin à ouvrir toutes grandes les vannes monétaires de la Banque centrale, Mario Draghi est parvenu à étouffer dans l’œuf les craintes des bailleurs de capitaux, paniqués à l’idée d’une possible faillite de l’Etat dans l’un des grands pays membres de la zone euro.

Mario Draghi a d’abord incité les banques d’affaires européennes à financer les Etats du sud de l’Europe au bord de la faillite en profitant d’un refinancement à taux zéro, avant d’annoncer, au début 2015, son propre programme d’achat d’obligations.

Ainsi, même les pays du sud de l’Europe ont dès lors pu se refinancer à des taux extrêmement bas grâce à la baisse des intérêts imposée par la BCE. Ils ont profité de ce moment favorable pour fixer leurs dettes à long terme. De plus, à partir de 2014, la dépréciation massive de l’euro sous l’effet de l’ouverture des vannes monétaires a, pendant trois ou quatre ans, considérablement soutenu les exportateurs de la zone euro, favorisé la reprise conjoncturelle, fait baisser le chômage et augmenter les recettes fiscales.

Toutefois, est-il possible d’oublier tranquillement la crise de la dette européenne? La réponse est clairement: non. En effet, la quasi-totalité des pays de la zone euro qui se trouvaient, il y a quelques années, au bord de l’abîme n’ont pas réussi à équilibrer un tant soit peu leur budget. 

En 2017, l’Espagne, le Portugal, la France et l’Italie affichent des déficits budgétaires à 2, voire 3% de leur produit intérieur brut.

Si l’économie mondiale venait à tomber à nouveau dans une profonde récession, la situation pourrait redevenir critique. Les charges résultant des assurances sociales augmenteraient, les recettes fiscales diminueraient et les déficits budgétaires pourraient vite atteindre 4 à 5% de la performance économique annuelle.

On pourrait craindre une forte hausse des intérêts qui ne pourrait être stoppée que si la BCE intervenait à nouveau comme «prêteur de dernier recours». Il reste donc à espérer que la phase de croissance actuelle durera encore quelques années et que l’économie mondiale ne tombera pas bientôt dans une nouvelle récession.

*Economiste responsable pour la Suisse romande, CIO WM UBS






 
 
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