Contre l’addiction au jeu, le blanchiment d’argent et la fraude

mardi, 15.05.2018

Jérôme Colin, directeur Casino Barrière de Montreux

Jérôme Colin, directeur du Casino Barrière de Montreux.

Cela fait déjà 15 ans que le groupe Barrière occupe une place prépondérante sur le marché des casinos terrestres en Suisse. Basés à Courrendlin, Fribourg et Montreux, c’est plus d’un million de visiteurs par an qui y tente de décrocher le «Jackpot».

Ce «Jackpot» tant attendu ne fait pas que des heureux au sein des joueurs, il alimente tout aussi bien certaines institutions que le tissu économique local. En tant que directeur du Casino Barrière de Montreux, premier établissement de jeux en Suisse avec 75 millions de francs de produit brut des jeux en 2017, je me dois d’être investi au quotidien auprès des acteurs économiques locaux.

La volonté des casinotiers suisses est de pérenniser notre rôle économique au sein des territoires. A Montreux, ce sont 220 salariés à temps plein qui officient pour accueillir nos visiteurs 365 jours par an. Nous existons car les joueurs nous rendent visite quotidiennement. Les commerçants, bailleurs et fournisseurs de la région profitent directement des flux d’argent entrants et sortants au sein des casinos.

Or, la situation est toute autre pour les jeux en ligne. Les sommes jouées partent virtuellement depuis la Suisse vers des destinations offshore telles que Malte ou encore l’Ile de Man. De tels exploitants basés dans des territoires offshore sont considérés illégaux conformément à la convention du Conseil de l’Europe contre la manipulation de compétitions sportives à laquelle la Suisse a adhéré.

La transparence économique des casinos terrestres est sans faille et régulée par la Commission fédérale des maisons de jeux, ce qui n’est pas le cas des opérateurs illégaux de jeux sur internet, qui ne sont soumis à aucun contrôle économique ni prélèvement alors qu’ils bénéficient des sommes d’argent jouées depuis la Suisse. Le 10 juin, si la population se prononce en faveur de la nouvelle loi sur les jeux d’argent, le financement de l’AVS et de l’AI ainsi que le soutien à l’utilité publique (sport, culture, action sociale) pourraient être appuyés par une enveloppe supplémentaire estimée à 250 millions de francs, somme correspondant aux flux sortant vers des pays où sont basés les opérateurs de jeux en ligne. En effet, les casinos suisses et les sociétés de loterie rassemblent à eux seuls environ 1 milliard de francs de prélèvement chaque année.

D’un point de vue social, le bénéfice à la communauté est largement rejoint par le rôle primordial des casinos suisses en matière de traitement des joueurs. Alors que la réglementation suisse garantit l’une des protections les plus strictes au monde contre l’addiction au jeu, le blanchiment d’argent et la fraude, les opérateurs de jeu en ligne étrangers et illégaux ne garantissent rien. Plus de 15 années d’expérience en la matière m’ont démontrées que le traitement du jeu est l’affaire d’opérateurs confirmés, avertis et experts en la matière, soumis depuis des années à la réglementation des jeux et surtout, au plus près des joueurs. Celui qui joue derrière son écran doit bénéficier des mêmes protections, d’un suivi régulier et de mesures adaptées selon le profil détecté. Au casino Barrière de Montreux, ce sont plusieurs psychologues qui se relaient toute l’année pour accueillir, conseiller et aussi restreindre des personnes qui sont déjà ou seraient amenées à se trouver dans une position inconfortable, au regard de leur capacité réelle d’engager des sommes d’argent dans le jeu. Et c’est précisément à ce stade que la responsabilité sociale prend tout son sens au sein de cette nouvelle loi.






 
 
agefi_2018-05-15_mar_02




...