L’économie suisse est en pleine forme!

vendredi, 11.05.2018

Philippe G. Müller*

L’économie suisse tourne à plein régime, mais tout sentiment d’euphorie serait prématuré. En effet, ces derniers mois, malgré la dynamique solide de l’économie mondiale, quelques nuages sont apparus au plan géopolitique. Ils pourraient à tout moment venir assombrir l’humeur printanière dans les entreprises.

Le deuxième choc du franc, celui de début 2015, semble surmonté et la conjoncture suisse passe actuellement à la vitesse supérieure. Divers facteurs y contribuent. Depuis déjà un certain temps, l’économie américaine et l’Asie affichaient des taux de croissance solides et, l’an dernier, la dynamique s’est nettement accélérée en Europe aussi.

Le moteur économique tourne à plein régime, non seulement en Allemagne et dans les autres pays du cœur de la zone euro, mais aussi, de plus en plus, dans les Etats à la périphérie sud.

Compétitivité des exportations

De plus, depuis le milieu de l’année dernière, le franc suisse s’est nettement déprécié par rapport à l’euro. Le taux de change euro - franc, actuellement un peu en dessous de 1,20, a atteint un niveau proche de la parité du pouvoir d’achat. Ces trois ou quatre dernières semaines, le franc s’est, par ailleurs, fortement déprécié par rapport au dollar US.

La compétitivité des exportateurs suisses sur les marchés internationaux, en termes de prix, s’est ainsi nettement améliorée. En principe, les entreprises exportatrices devraient maintenant se poser la question de savoir si elles ne devraient pas couvrir («hedger») au moins une partie de leurs flux de trésorerie futurs venant de l’euro ou du dollar US.

L’affaiblissement du franc, par rapport à l’euro, n’aide pas seulement les petits exportateurs typiques dont une part importante des coûts est générée en Suisse. La force de l’euro devrait aussi soulager un peu le commerce de détail qui avait été mis à rude épreuve par le tourisme d’achats.

Les indices aux plus haut

En tant que destination touristique, la Suisse devrait aussi profiter de l’affaiblissement du franc.

Ces derniers mois, tous ces effets se sont reflétés dans divers indicateurs conjoncturels. Parmi les principaux, le baromètre conjoncturel du KOF et l’indice des directeurs d’achat PMI (Purchasing Managers’ Index) ont atteint, au début de l’année, des valeurs qui n’avaient plus été enregistrées depuis huit ans ou plus.

En plus de la sous-composante du PMI «Output», qui mesure la quantité de production réelle dans l’industrie et dans le secteur manufacturier, les prix d’achat ont eux aussi fortement progressé. De même, les entreprises des différents secteurs industriels semblent à nouveau embaucher davantage de personnel.

En avril, l’indice relatif à l’évolution de l’emploi a grimpé au-dessus de 61 points, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis plusieurs années. Parallèlement à cette évolution de l’emploi, beaucoup d’entreprises semblent aussi investir à nouveau davantage en Suisse. Il s’agit aussi bien d’investissements de renouvellement longtemps repoussés que d’investissements dans l’augmentation des capacités de production en Suisse. C’est là aussi une évolution réjouissante.

Il reste donc à espérer que la géopolitique ne fera pas souffler un vent froid qui instaurerait une pause hivernale dans la conjoncture suisse.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS






 
 

AGEFI



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