Il faut plus que jamais privilégier l’ouverture des frontières

vendredi, 11.05.2018

Claudine Amstein*

La baisse actuelle de l’immigration est une mauvaise nouvelle pour l’économie, car notre pays a besoin de renouveler sa main-d’œuvre afin de contrebalancer les effets du vieillissement de la population.

Le canton de Vaud a accueilli l’an dernier 8200 personnes supplémentaires sur son territoire. L’augmentation est due pour deux tiers à l’immigration, le solde provenant de la différence entre naissances et décès. Ce chiffre peut sembler élevé, mais il reste bien inférieur aux hausses observées entre 2007 et 2016, où l’on avait enregistré 12’000 arrivées annuellement.

Ce recul de l’immigration, qui n’est peut-être que passager, est une mauvaise nouvelle du point de vue de l’économie. Car notre pays a besoin de renouveler sa main-d’œuvre pour compenser les effets de l’accélération du vieillissement de la population.

L’intégration de plus de femmes et de seniors, bien que prioritaire, ne suffira pas à combler le manque probable de cerveaux et de bras sur le marché du travail.

Le Fonds monétaire international (FMI) partage cet avis dans un rapport publié en vue de sa réunion de printemps, qui s’est déroulée à fin avril à Washington: «Bien qu’accueillir des migrants puisse poser des problèmes et susciter potentiellement un revers politique, ceux-ci pourraient aussi être une aubaine pour les pays hôtes», relève l’institution. Les spécialistes du FMI rappellent à ce propos que selon l’ONU, la population totale va diminuer d’ici au milieu de ce siècle dans près de la moitié des pays développés.

Ce rapport intervient au moment où l’immigration fait l’objet d’un rejet grandissant dans le monde occidental, des Etats-Unis à la Hongrie en passant par l’Autriche. Notre pays n’échappe hélas pas au phénomène par le biais d’initiatives à répétition lancées sur le sujet.

Le FMI, pour sa part, assure que les pays développés doivent repenser les politiques migratoires pour dynamiser la main-d’œuvre disponible.

C’est l’occasion de rappeler que la libre circulation des personnes et les bilatérales ont largement contribué à stimuler l’économie vaudoise. Grâce à un accès amélioré au marché du travail européen, ainsi qu’à de meilleures conditions d’exportation résultant de nos relations avec l’Union européenne, notre industrie a pu se renouveler.

La CVCI soulignait d’ailleurs ce fait dans son étude «Vaud, le tigre discret», réalisée avec la BCV en 2016: depuis le début du millénaire, notre canton s’est réindustrialisé, notamment grâce à l’arrivée d’une nouvelle industrie, la pharma, à la forte progression du secteur alimentaire (conditionnement du café en capsules) et à la renaissance d’industries de précision comme l’horlogerie, la medtech et l’électronique.

Cette évolution contredit en partie un autre rapport que le FMI a publié récemment sur le déclin des emplois manufacturiers ces dernières années et les craintes que cela susciterait, à tort, dans les pays développés.

Pour les experts de Washington, le transfert de postes de travail du secteur industriel vers celui des services n’affaiblirait pas l’économie, mais apporterait une richesse comparable.

Soit! Il n’en demeure pas moins que la bonne santé d’un pays repose sur la diversité et la complémentarité de ses secteurs d’activité.

* Directrice, Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie






 
 
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