Intelligence artificielle: la finance du futur (5)

mercredi, 09.05.2018

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse, mathématicien et digital shaper.

Aujourd’hui dans le monde de la finance, une des plus grandes préoccupations est la sécurité face aux cyberattaques.

Fini, les attaques des diligences de la «Wells Fargo» par des cow-boys à cheval armés jusqu’aux dents, désormais elles sont plus feutrées. Comme un «ver» digital, de petits programmes pénètrent les systèmes informatiques et vont détrousser les coffres virtuels. Et hop, plus d’argent. Evaporé!

Lorsque Jérôme Kekrli, de la société NetGauardians, d’Yverdon, parle d’IA comme un rempart efficace aux cyberattaques bancaires, on a l’impression d’être dans un film de science-fiction tant son récit est poignant et les situations décrites inimaginables.

En temps réel

«Au début tout le monde faisait de l’échantillonnage pour identifier des fraudes externes ou internes. On faisait des prélèvements et on regardait ce qui c’était passé. Mais dès 2005, tout a changé, les fraudes devinrent massives. Il fallait tout changer et surtout devenir très réactif en temps réel.

Dès lors, on a vu se déployer une nouvelle technique dite du «moteur de règles». En gros, on va regarder si la transaction vient d’un pays à risque ou d’un comportant douteux du fait d’un montant anormalement grand. En regardant tout cela de plus près, on se donne rapidement la possibilité de bloquer la transaction» raconte Jérôme Kerkli avec enthousiasme et talent. Mais hélas, cela ne n’a pas suffi car les «moteurs de règles» ont été facilement battus par les «vers digitaux» des cybercriminels à l’image du ver «Retefe».

Identifier les faux

L’événement du vol massif (près de 100 millions de dollars) de la Banque Centrale du Bengladesh en 2016 provoqua aussi chez les experts un électrochoc. Tout le monde a voulu construire une meilleure défense et on fait naturellement appel aux «machine learning» de l’IA pour résoudre désormais ce type d’attaque.

Le problème consiste à identifier des faux en laissant de côté les faux-positifs. Cela vous est sans doute déjà arrivé.

Une transaction de carte de crédit qui ne passe pas. Vous êtes embarrassé. La banque vous appelle pour faire quelques vérifications pour s’assurer que c’est bien vous et elle débloque la carte. C’était un «faux-positif».

La transaction était étrange à cause du lieu d’achat, du montant ou toutes autres raisons ... mais après vérification, tout revient normal. Voilà, le système qui vous a bloqué est un logiciel d’IA qui agit en une fraction de seconde chaque fois que vous effectuez une transaction par exemple, avec votre carte de crédit. L’IA est capable de détecter vos habitudes, vos comportements atypiques et donc avertit aussitôt le système.

Aujourd’hui, l’IA est encore plus sophistiquée puisqu’elle va comparer vos comportements à des «pairs», des gens qui ont le même profil que vous. Ainsi vos comportements financiers sont auscultés pour garantir la sécurité de vos avoirs.

L’IA est maintenant au cœur des systèmes financiers pour plus de sécurité mais pas seulement. De nombreuses entreprises proposent aussi de l’IA pour d’autres tâches comme par exemple, la gestion de portefeuille comme «Swissquote» à Gland. Il n’y a plus besoin de traverser l’Atlantique pour constater le déploiement de l’IA. Cela arrive chez nous... tout à côté. La Romandie se réveille à l’IA!

* Mathématicien, digital shaper






 
 

AGEFI



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