Incertitudes permanentes: «Game of Threats»

mardi, 08.05.2018

Sandro Occhilupo*

Sandro Occhilupo, responsable de la gestion discrétionnaire chez Decalia Asset Management.

Lorsqu’on voit Trump, Poutine, Xi ou Jong-un, ces dirigeants autoritaires à l’ego démesuré, avec leurs luttes de pouvoir, leur alliances en constante mutation et leurs coups de théâtre imprévisibles, on a tout pour se croire dans «Game of Thrones».    

Cette incertitude permanente a ravivé le «spectre» du risque géopolitique, ce qui rend les investisseurs nerveux à la perspective d’une aggravation des crises et du risque de guerre commerciale. Même si, avec un tel casting, on ne peut totalement exclure qu’une querelle mineure escalade de façon disproportionnée, l’histoire récente nous montre que la plupart de ces conflits se limitent souvent à une guerre des mots, rarement suivie d’actions significatives. Car ces fanfarons font en général machine arrière, leur honneur sauf après avoir négocié des solutions «gagnant-gagnant».

Le point essentiel est que, malgré la nervosité et la volatilité des marchés accrue qu’ils provoquent, ces types d’événements géopolitiques constituent souvent plutôt de bons points d’entrée pour les investisseurs à long terme.

En effet, plusieurs études, comme le rapport de Credit Suisse en 2016 sur les grands événements géopolitiques des 100 dernières années et l’enquête de Charles Schwab en 2017 portant sur 37 développements similaires depuis 1980, ont montré que de tels incidents ont créé davantage d’agitation à court terme que d’impact durable sur les marchés.

Non seulement les actions n’ont pas toujours baissé, mais lorsque tel a été le cas, ce repli s’est généralement limité à 3% et n’a pas dépassé 7 jours. Ce n’est donc pas une grande surprise si la réponse militaire de Trump en Syrie n’a pas trop perturbé les marchés. Même des événements majeurs, tels que l’assassinat de l’archiduc Ferdinand (1914), la crise des missiles cubains (1962), l’invasion de l’Irak (2003) et les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont initialement causé une chute des marchés d’environ 10%, récupérée en l’espace d’un mois environ.

Par ailleurs, les récentes inquiétudes sur une guerre commerciale avec la Chine se sont rapidement dissipées, les investisseurs ayant réalisé que des négociations suivraient probablement les premières déclarations agressives.

A plus long terme, on se souvient également de la forte performance des marchés boursiers pendant l’ère protectionniste de Reagan dans les années 1980.

En d’autres termes, même si ces événements semblent imprévisibles par nature, la réaction des marchés boursiers l’est souvent bien moins, toutes choses égales par ailleurs.

Cette constatation, associée à la vigueur actuelle de l’économie mondiale et de la croissance des bénéfices, permet de rester optimistes sur les actifs risqués malgré la perspective d’autres bouleversements géopolitiques potentiels comme l’ALENA. En effet, ces risques ont toujours fait partie intégrante de l’investissement.

Pour les investisseurs en actions à long terme en particulier, vendre sous l’effet de la panique après de mauvaises nouvelles géopolitiques s’est rarement révélée judicieux.

Bien au contraire, ces chutes indiscriminées du marché offrent souvent une occasion unique d’acheter des actions de haute qualité à des niveaux plus attrayants. Par conséquent, contrairement à «Game of Thrones», bien qu’il faille rester patient et sélectif, l’hiver n’approche pas encore pour les investisseurs en actions, surtout s’ils sont attentifs aux bonnes affaires.

* Responsable de la gestion discrétionnaire Decalia Asset Management






 
 
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