Externalités négatives dans les prix: un correctif indispensable

mardi, 08.05.2018

René Longet*

René Longet, expert en développement durable.

Théoriquement, le juste prix est le résultat du rapport entre une offre et une demande sur un marché.

Mais on sait depuis belle lurette que ce rapport peut être fortement biaisé; si l’offre est restreinte et la demande considérable, le prix peut être très intéressant pour le vendeur mais inaccessible à la plupart des acheteurs. Ce qui pose de graves problèmes s’agissant de biens vitaux comme l’alimentation, les soins ou le logement. A l’inverse, s’il y a pléthore d’offres et peu d’intéressés, ce seront les producteurs qui en feront les frais.

Dès lors, considérant que le juste prix ne saurait être le produit des seuls rapports de force se manifestant sur un marché, ces situations ont de tout temps appelé une régulation par les pouvoirs publics. Cela est d’autant plus vrai lorsque ce marché ne prend pas, ou pas suffisamment, en compte les effets négatifs d’un processus ou d’un produit, qui sont alors reportés sur des tiers, la collectivité et/ou les générations futures. Parmi ces effets: le gaspillage à la production ou à la consommation, les pollutions, les dégradations des prestations écosystémiques ou encore les atteintes à la santé.

Le prix des énergies fossiles ne comprend ainsi pas ou très peu le coût des effets du changement climatique, pas plus que le prix du fissile ne saurait couvrir les coûts complets de la gestion des déchets radioactifs et du démantèlement des réacteurs. Et selon les fluctuations du prix du pétrole, il peut être financièrement intéressant, au cœur des Alpes, de faire venir de Chine ou du Brésil les pavés des places publiques, ou d’importer de Nouvelle Zélande des pommes, du Pérou des haricots et d’Afrique des fleurs...

L’empreinte eau est très lourde quand on exporte des tomates, composées à 90% d’eau, d’une région aride vers le château d’eau de l’Europe.

Actuellement, tout cela correspond à une demande solvable, est rentable. Mais ce serait nettement moins le cas, dès lors que ces productions et ces transports seraient astreints à payer le juste prix de leurs dommages environnementaux et à respecter des standards sociaux corrects.

Ainsi une forte taxation du carbone, à la hauteur du risque climatique induit pour la collectivité, permettrait d’éviter de nombreuses situations de concurrence déloyale, notamment dans la production d’électricité, et, plus généralement, d’aligner les rentabilités financières, environnementales et sociales.

Heureusement, la prise de conscience progresse.n

* Expert en développement durable 






 
 

AGEFI



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