Le segment des jeux vidéo prend de l’ampleur au sein des ventes records du groupe Logitech

vendredi, 04.05.2018

Alors que le groupe a dévoilé hier d’excellents résultats pour le quatrième trimestre et l’exercice fiscal 2018, Bracken Darrell, CEO, affirme qu’ils auraient du être encore meilleurs.

Sophie Marenne

Bracken Darrell. Il a déjà réformé des marques comme Old Spice, Gillette ou Braun.

Les temps de disette sont un lointain souvenir pour Logitech. Depuis qu’il en a pris les commandes en 2013, Bracken Darrell n’a eu de cesse de transformer la firme informatique produisant souris, haut-parleurs et claviers en un véritable accessoiriste du cloud et coach e-sport. Selon le CEO, les périphériques destinés aux jeux vidéo sont d’ailleurs l’un des moteurs du développement futur de la société.

Quel pourcentage des ventes est maintenant réalisé dans les produits pour gamers?

Environ 20%. C’est un segment qui a beaucoup grandi et qui présente encore un énorme potentiel. Pour la cinquième année consécutive, nous avons fait preuve d’une croissance robuste à deux chiffres dans cette branche. Ce qui est intéressant, c’est la large portée et la constance de cette croissance car cette catégorie est en hausse partout sur le globe, de la Chine à l’Allemagne. De plus, l’année passée, nous avons acquis l’entreprise Astro Gaming qui a réalisé une bonne performance: la marque a représenté environ 2% de nos ventes annuelles totales, et 17% de nos ventes en gaming. 

Ces bons résultats, à la fois au cours du trimestre et le long l’année, reflètent surtout la solidité structurelle du marché des jeux vidéo, ainsi que notre position de leader en la matière. Je ne considère cependant pas les joueurs comme notre cible phare car Logitech est une entreprise multi-catégories et multi-marques. 

Comment expliquer votre chute au regard des enceintes? 

Durant le dernier quadrimestre, nous avons réajusté nos stocks et adapté nos prix pour refléter une nouvelle réalité: un ralentissement des perspectives du marché. Voilà ce qu’il s’est passé. De plus, nous souffrons de la comparaison avec les chiffres de l’année passée où nos ventes du quatrième trimestre dans ce secteur avait augmenté de 70%. 

En parallèle, une nouvelle catégorie intéressante émerge: les enceintes qui sont aussi des assistants personnels: un segment que nous couvrons depuis peu. De nouvelles fonctionnalités seront bientôt disponibles sur nos haut-parleurs intelligents wifi et bluetooth, Megablast et Blast: les consommateurs pourront bientôt utiliser leur voix pour contrôler Spotify, par exemple. 

Nous continuerons donc à innover dans ce secteur, mais en même temps, nous devons gérer prudemment nos investissements par rapport à des perspectives de croissance du marché global à un seul chiffre.

Vous avez déclaré que vous auriez pu faire mieux. Qu’entendez-vous par là?

Nous avons simplement fait trop d’erreurs. Nous n’avons pas géré correctement le déménagement de notre centre de distribution aux Etats-Unis, par exemple. Cela nous a coûté beaucoup, surtout au troisième trimestre. 

Par ailleurs, nous continuons à nous étendre sur de nouvelles catégories et, en conséquence, nous avons lancé trois nouveaux produits cette année. Malheureusement, ils ont été livrés en offrant une expérience utilisateur inférieure à celle à laquelle nos consommateurs sont habitués. C’est inhabituel et je déteste lancer des produits qui ne sont pas à la hauteur, dès le premier jour. Bien entendu, depuis, nous les avons «upgradés» à nos standards. Ces produits exigeaient des technologies complexes et nouvelles pour nous, mais ce n’est pas une excuse. 

Nous devons apprendre de cette erreur pour ne plus la reproduire dans le futur. Ce n’est pas de cette façon que nous travaillons. Nous sommes meilleurs que ça. 

Imaginiez-vous de tels résultats en arrivant à ce poste en 2013?

Je suis quelqu’un qui pense sur le long terme et j’avais trois buts à l’époque. Le premier était de faire de Logitech une entreprise de design. Nous n’y sommes pas encore mais nous avons déjà fait beaucoup de chemin. Ensuite, j’imaginais une entreprise en croissance... Et c’est notre cinquième année de hausse consécutive. Troisièmement, je voulais faire de Logitech une entreprise multi-catégories et je pense que c’est un succès. 

Je ne peux pas dire que je m’attendais à ces chiffres précis, mais l’entreprise répond au rêve que je m’étais formulé.

Cette bonne performance affectera-t-elle en quelque façon le bureau lausannois?

Bien entendu. Nous sommes en constante évolution et nous le serons toujours. Le siège de Logitech est situé au bord du campus de l’EPFL ce qui est un formidable pour créer des interactions avec les étudiants, chercheurs et professeurs et toutes les start-up nichées alentour. Ce bureau helvète est un joyau que nous ouvrons de plus en plus aux acteurs qui nous côtoient.

Les ventes et le bénéfice en croissance séduisent le marché

Une forte croissance des ventes et une augmentation du bénéfice net: voilà comment Logitech a bouclé l’exercice décalé 2017/18, clos fin mars. Le concepteur de périphériques informatiques et électroniques a notamment profité d’un quatrième trimestre dépassant toutes les prévisions. Le bénéfice net annuel s’est inscrit à 208,5 millions de dollars, en hausse de 1,3% sur un an. Le groupe a généré un chiffre d’affaires en hausse de 16%, à 2,57 milliards. Cette belle performance de l’année fiscale 2018 a été généré grâce aux segments jeux et vidéoconférences. En effet, lors du dernier partiel, les périphériques destinés au gaming ont connu une croissance très robuste (+77% à 126,8 millions), représentant près de 20% des ventes. Les accessoires pour tablettes continuent d’avoir du succès, en témoignent des ventes en hausse de 56% à 14,0 millions. Véritables classiques de la gamme Logitech, les souris et les claviers ont connu une progression du chiffre d’affaires de plus de 10%, à respectivement 129,9 millions et 136,8 millions de dollars. Les recettes liées aux haut-parleurs mobiles ont fondu de 65% à 14 millions. 

Le résultat opérationnel (non Gaap) a atteint 55,1 millions, ce qui représente une envolée de 9,2%. Le bénéfice a plongé de 12,7% à 34,4 millions de dollars.

Ces chiffres trimestriels sont largement supérieurs à la moyenne des prévisions des analystes. Ils les saluent tout en relevant quelques ombres au tableau. La Banque cantonale de Zurich (ZKB) souligne la croissance globale pour les périphériques de vidéoconférence, pour tablettes et jeux vidéo. Vontobel loue la «discipline stricte» du groupe en matière de gestion. Baader Helvea est convaincu par ces chiffres, mais pointe du doigt la forte dépendance de Logitech aux périphériques pour jeux vidéo. Les chiffres publiés par le groupe valdo-californien ont séduit les investisseurs. A la Bourse suisse, la nominative Logitech a bondi de 6,5% à 39,50 francs, alors que son indice de référence (SLI) s’est délesté de 0,60%. – (awp)

Les produits gaming détrôneront-ils les enceintes emblématiques?

La traversée du désert de la fin des années 2000 a poussé le groupe valdo-californien à se concentrer sur le design et à se diversifier. Journaliste et blogueur high-tech, Xavier Studer commente: «Cela fait quelques années que Logitech fait preuve d’un remarquable dynamisme d’innovation. L’entreprise s’est émancipée de l’univers de l’ordinateur pour se positionner comme accessoiriste du cloud, proposant toutes sortes d’appareils connectés pour la maison: des claviers pour tablette aux commandes de dispositifs domotiques. De plus, elle a réalisé un travail impressionnant sur le design de ses objets dont l’esthétique travaillée plaît visiblement au public.» Les résultats trimestriels annoncés hier ont montré, entre autres, que les périphériques destinés aux jeux vidéo ont connu une croissance robuste (+77% à 126,8 millions), à la différence des recettes liées aux haut-parleurs mobiles qui ont complètement fondu (-65% à 14 millions).

La fin du Boom?

Commercialisée par la marque Ultimate Ears, la première mouture du Boom est née en 2013. Résistante à l’eau, colorée, robuste et d’une forme cylindrique originale: l’enceinte portable sans fil a rapidement atteint le statut de produit emblématique de Logitech. Elle est remplacée par l’imperméable Boom2 en 2015, et rapidement rejointe par une version géante, Megaboom, et petite, Wonderboom. «La chute sur le segment des haut-parleurs mobiles peut s’expliquer notamment par la concurrence extrêmement forte dans ce secteur», explique Xavier Studer. «Même si les produits de Logitech sont bien conçus et se trouvent tout en haut du panier des consommateurs, ils sont loin d’être les seuls sur ce marché très dense.»

Les PC gamers sont des consommateurs de choix

Au contraire des enceintes, les accessoires pour e-athlètes ont affiché une belle performance. «Logitech a développé un centre de recherche en gaming très dynamique, au sein de son siège de l’EPFL Innovation Park. Ainsi, la marque a créé des produits haut de gamme, solides et séduisants pour le public exigeant des joueurs», précise le spécialiste. En effet, la compagnie travaille main dans la main avec des PC gamers professionnels et en invite régulièrement dans les bureaux lausannois. L’une des innovations les plus incroyables de l’entreprise en la matière est le tapis Powerplay: un système de charge sans fil pour souris de gaming. Alors que les e-sportifs se méfient des technologies wireless car ils craignent que la souris ne s’éteigne à tout moment ou qu’elle ne «lag», la marque a été capable de convertir beaucoup d’entre eux avec ce produit. Le tapis charge la souris alors qu’elle est utilisée grâce à une technologie de résonance électromagnétique. Aucun risque de tomber à court de batterie: l’idéal pour les aventuriers, snipers et autres héros virtuels. – (SM)






 
 

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