Créer un problème pour en résoudre un qui n’existe pas

vendredi, 27.04.2018

Fathi Derder

L’initiative «Monnaie pleine» est «inutile et risquée», affirmait récemment le Conseil fédéral. On pourrait ajouter «absurde». Elle est jugée inutile, car elle ne règle aucun problème. Mais le problème, c’est… qu’il n’y a pas de problème. Le système économique et financier suisse est, dans son ensemble, d’une remarquable solidité. Notre pays est aujourd’hui plus fort qu’avant la crise financière mondiale.  

Le modèle helvétique fonctionne très bien. Mais l’initiative veut changer de système, fondamentalement. Elle veut même tenter une expérience que personne n’a jamais tentée. Une expérience qui n’existe qu’en théorie, dans l’esprit d'un collectif international de penseurs économiques, en grande partie allemands. Comme le résume très justement Claudine Amstein, directrice de la CVCI, « la mouvance à l'origine de cette initiative voudrait faire de notre pays un terrain d'expérimentation sans avoir à en subir les conséquences. C’est choquant ». Nous rejoignons pleinement cette analyse.

Relevons également un petit détail: nous sommes dans un système financier globalisé. Le monde libre a choisi un modèle dans les années 30 (quand il a renoncé à l’idée de monnaie pleine, justement). Il peut y revenir, pourquoi pas? Mais c’est une décision à prendre collectivement. Un seul pays n’y changera rien, et encore moins un petit pays comme la Suisse, qui, rappelons-le, est le dernier à devoir changer de système puisqu’il n’a pas de problème à résoudre: depuis 2007, nous avons consolidé notre modèle économique, réduit notre endettement, augmenté notre compétitivité. Mais certains veulent donc en finir avec ce modèle qui marche.

En résumé: tout va bien en Suisse, nous avons une force, mais nous voulons en faire une faiblesse en changeant la constitution sur la base d’une idée venue d’intellectuels allemands qui veulent tester leur idée dans le laboratoire suisse. Absurde. Pour être franc, nous touchons ici aux limites de la démocratie directe.






 
 

AGEFI



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