Une prime de risque Trump mais peu de dommage pour la croissance

vendredi, 13.04.2018

François-Xavier Chauchat*

Ignorer les fanfaronnades de Trump a été la stratégie appropriée depuis son élection. Les investisseurs ont eu raison de conclure que même si la politique de Washington devenait imprévisible, cela n’empêcherait pas la reprise économique mondiale naissante de prendre forme.

Doivent-ils changer d’opinion? Les dommages potentiels provenant des mesures protectionnistes récentes, y compris celles portant sur 60 milliards de dollars d’importations chinoises, semblent modestes pour un commerce mondial de 18 billions de dollars. De plus, une majorité de pays ont maintenant été exemptés des droits de douane sur l’acier et l’aluminium. Enfin, la Chine a les moyens de contrer l’Amérique, et la plupart des entreprises américaines plaident évidement en faveur de la mondialisation. Cependant, il existe un soutien relativement large à Washington pour montrer ses muscles devant la Chine à la veille des élections de mi-mandat de novembre 2018. Pour cette raison, la «prime de risque Trump» maintenant intégrée par les marchés financiers pourrait se maintenir quelques mois encore.

La baisse récente des bourses mondiales est avant tout le reflet de l’optimisme des investisseurs en début d’année et d’une faible marge d’amélioration de fondamentaux déjà exceptionnels. C’est ce que nous avons appelé «asymétrie négative». Un cycle classique s’est déroulé, débutant par une période complaisance en janvier, suivie par l’apparition de l’inquiétude en février. La capitulation, dernière étape du processus correctif, est-elle déjà en cours? Impossible d’en être certains, mais notons que les mesures d’aversion au risque sont maintenant en zone de «peur», ce qui n’est pas si habituel en période de prospérité économique et de faibles taux d’intérêt.

Peu de risque pour la croissance

Le retour de la peur ne signifie pas que nous ayons atteint une occasion historique d’acheter des actions. Même après la correction, le PER médian des actions non financières se situe entre 16 et 17 aux États-Unis comme en Europe. Cette valorisation semble justifiée par une croissance mondiale stable d’environ 4%, avec des taux d’intérêt légèrement en hausse mais toujours très bas. Malgré la volatilité récente des chiffres d’activité et d’inflation, il existe peu de risque pour la croissance et donc pour les bénéfices des sociétés. Bien que les élections en Italie ne se soient pas bien déroulées, la poursuite de la reflation domestique et la baisse des créances douteuses en Europe du Sud devraient continuer, ce qui devrait aider les banques.

La principale source de dispersion des bénéfices de la croissance reste la numérisation. Depuis la création de l’iPhone en 2007, les géants de la nouvelle économie ont vu leurs ventes grimper de +20% par an, contre +1,3% pour le MSCI Monde. Des nuages se profilent, avec une taxe numérique en préparation à Bruxelles, des poursuites contre Facebook et des remarques négatives de Trump sur Amazon. Ceci contribue à une plus grande volatilité, mais n’est pas encore vraiment concluant d’une fin de la surrentabilité des champions de la numérisation. Les investisseurs ont toutefois beaucoup investi sur ce thème, ce qui a accru les risques de marché.

Avec des investisseurs moins complaisants, une valorisation des actions un peu moins élevée et des marchés obligataires escomptant désormais une dose réaliste de resserrement de la Fed, les risques à la baisse pour les actions mondiales ont diminué. Une exposition modérée au risque est préférable car le potentiel de hausse est probablement limité pour le moment, mais il pourrait être opportun d’augmenter la pondération des actions si le repli des marchés s’intensifie.
* Chef économiste Dorval Asset Management






 
 

AGEFI



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