Coopération: et si la véritable innovation était là?

vendredi, 13.04.2018

Thierry Blanc*

La crise a montré les limites d’un modèle ou chacun raisonne pour lui-même. Identifier un ennemi commun est certes le moyen le plus efficace d’insuffler un esprit de groupe, mais ce n’est pas sans danger.

Lorsqu’il y a un perdant dans une situation donnée, une instabilité en découle forcément: le perdant va redoubler d’efforts pour tenter d’inverser la situation, ou alors il va simplement essayer de se venger. Dans tous les cas, l’énergie déployée par les deux parties peut rapidement devenir destructrice.

Se démarquer de ses concurrents demande aussi de plus en plus d’efforts dans un contexte de réduction permanente des coûts. On arrive donc à un paradoxe: la compétition est censée favoriser l’innovation mais, dans certains cas, elle conduit à un mimétisme généralisé.

On peut donc s’attendre à l’apparition d’un cercle vicieux: la compétition conduit à l’imitation, qui renforce à son tour la compétition, chacun luttant pour les mêmes positions.

Développer des visions communes

N’oublions pas que les géants (GAFAM) se sont lancés dans cette course à l’innovation et que leurs moyens sont sans commune mesure avec ceux des entreprises plus modestes. La question qui en découle est la suivante: comment une entreprise peut-elle conforter sa place dans un monde de plus en plus concurrentiel, y compris dans des secteurs à forte valeur ajoutée?

C’est, à mon sens, une approche coopérative de la résolution qu’il faut mettre en avant. Il faut changer d’état d’esprit: la collaboration doit remplacer la compétition.

Il est fort à parier que les valeurs de demain sont féminines: on doit pouvoir s’associer, collaborer, développer des visions communes, comprendre comment nos différences se complètent et non pas nous repoussent. Nous ne ferons plus rien tous seuls: il faut encourager la coopération.

L’entreprise doit avoir une culture «co». Il va devenir nécessaire de coévoluer avec d’autres partenaires. Ce processus de coévolution impliquera davantage de coopération tout en maintenant un niveau de compétition élevé. Il faut agréger les compétences de manière intelligente pour que chaque entreprise puisse trouver sa place, créer des coalitions hétérogènes d’entreprises.

Des compétences centrales partageables (tels des standards, un savoir-faire, une norme...) pourraient entraîner le développement de stratégies collectives entraînant une communauté de destin stratégique: des entreprises vont se retrouver unies (sur la base de coopérations formelles ou non) afin de promouvoir un standard spécifique.

Un autre scénario est envisageable: des entreprises ayant des domaines d’activités connexes peuvent très bien collaborer afin de promouvoir ensemble une solution complète et cohérente. Les atouts de chacun étant naturellement mis en avant.

Certaines coopérations seront plus performantes que d’autres si elles démontrent une capacité supérieure à développer, utiliser et protéger un ensemble de compétences et de ressources communes et partageables qui lui permettront de maintenir un avantage durable.

Il est même possible que certaines coopérations soient plus performantes sans pour autant continuer à introduire des évolutions technologiques fortement supérieures à celles de ses concurrents.

* Directeur de la gouvernance DFI






 
 

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