L’euro devrait s’apprécier face au franc

jeudi, 12.04.2018

Même si le regain de volatilité des marchés rend compliqué toute prévision de nouvelle hausse, il est probable que sur les six à douze prochains mois, l’EUR / CHF approchera – ou dépassera – la barre des 1,20.

Philippe G. Müller*

Entre les élections en France et l’automne, l’euro a bondi de 1,06 franc suisse à près de 1,18. Depuis, le taux EUR / CHF évolue entre 1,15 et 1,18. Même si le regain de volatilité des marchés rend compliqué toute prévision de nouvelle hausse, il est probable que sur les six à douze prochains mois, l’EUR / CHF approchera – ou dépassera – la barre des 1,20.

Et ce, principalement parce que l’euro devrait aussi légèrement s’apprécier face au dollar US. Même si l’on argue souvent que le billet vert devrait se renforcer du fait de la normalisation monétaire engagée par la Réserve fédérale américaine, de nombreux facteurs structurels permettent de penser qu’il s’affaiblira plutôt.

Le déficit de la balance commerciale

Premièrement, les portefeuilles de beaucoup d’investisseurs internationaux comportent déjà une part disproportionnée de dollars US. Ces positions en USD n’ont cessé de progresser au cours des quatre dernières années, en raison du net différentiel de taux par rapport à la zone euro.

Beaucoup d’investisseurs n’ont donc guère intérêt, ni envie, d’accumuler encore davantage de dollars.

Deuxièmement, il faut prendre en considération le déficit de la balance commerciale américaine qui continue de se creuser vis-à-vis de la zone euro, affaiblissant le dollar. Aux Etats-Unis, la réforme fiscale, couplée aux programmes d’infrastructures annoncés, devrait donner un coup de fouet à la conjoncture intérieure. En conséquence, le déficit commercial du pays devrait encore augmenter.

En même temps, ces dernières années, la balance commerciale de la zone euro vis-à-vis du reste du monde n’a cessé de s’améliorer, rendant la monnaie commune toujours plus attrayante. Dans ce contexte, et notamment au vu de la politique budgétaire américaine qui implique des déficits colossaux, les investisseurs internationaux devraient se montrer de plus en plus méfiants. Ce sont eux, en effet, qui financent la dette des Etats-Unis.

Relèvement des taux d’intérêt

En fin de compte, il n’y a qu’un moyen de briser le cercle vicieux des échanges extérieurs des Etats-Unis: la dépréciation du dollar US. On peut objecter que le gouvernement américain s’est récemment efforcé de lutter contre les déficits commerciaux. Notamment au moyen de taxes douanières contre les importations de Chine et en exigeant que cette dernière ouvre davantage ses marchés. Il est toutefois douteux que ce conflit commercial amène une solution durable.

Pour l’instant, la conjoncture reste très dynamique dans le monde entier. Il est patent que l’euro continuera de s’apprécier, face au dollar, mais aussi au franc suisse. La Recherche d’UBS table sur un EUR / USD à 1,30 et un EUR / CHF à 1,22 dans douze mois.

Cela serait un scénario bienvenu pour la Banque nationale suisse (BNS) qui pourrait alors, avant la fin de l’année, faire un premier pas pour ramener les taux d’intérêt en territoire positif.

Concrètement, un premier relèvement des taux en décembre est espéré. Ensuite, la BNS devra attendre que la Banque centrale européenne agisse à son tour, afin de relever progressivement ses taux d’intérêt vers zéro.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, CIO WM UBS

 

 






 
 

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