L’influence de la démographie sur les successions d’entreprises

mercredi, 11.04.2018

Walid Azar Atallah*

Walid Azar Atallah, Portfolio Manager.

L’âge moyen des propriétaires de PME japonaises a passé de 47 ans en 1995 à 66 aujourd’hui. Leur trouver un successeur (familial) est devenu de plus en plus compliqué. Il existe une opportunité énorme pour les sociétés de conseil en fusions-acquisitions «entremetteuses».

Ces dix dernières années, les petites et moyennes entreprises (PME) japonaises ont beaucoup changé, le vieillissement de la population ayant lourdement pesé sur l’économie du pays. Avec des taux de fécondité (1,4) demeurant très bas, la situation démographique du pays ne devrait pas changer de sitôt et le processus de transformation semble donc loin d’être terminé. 

En effet, étant donné que les PME représentent aujourd’hui près de 99% de l’ensemble des entreprises japonaises et que l’âge moyen des propriétaires a passé de 47 ans en 1995 à environ 66 en 2015 (avec une retraite allant même au-delà de 70 ans), les problèmes de succession sont plus cruciaux que jamais. Et trouver un successeur approprié est loin d’être facile...

Les raisons en sont multiples: faible démographie avec un taux de fécondité bien en dessous des niveaux de remplacement (i.e. choix restreint de candidats); obstacles culturels (il est traditionnellement difficile pour une fille de remplacer son père); et manque général d’intérêt des membres de la famille pour reprendre les affaires. 

Sur ce dernier point, comme la plupart des pères, les entrepreneurs japonais préféreraient voir leur progéniture reprendre leurs activités. Seulement voilà, la plupart des enfants ne veulent pas prendre les rênes de l’entreprise familiale car ils ont généralement des titres académiques supérieurs leur permettant de tracer leur propre (meilleure) voie professionnelle. Des sondages récents suggèrent ainsi que près de 75% de ces enfants choisissent de ne pas travailler dans l’entreprise familiale, optant pour des carrières différentes et exacerbant le problème d’héritage commercial.

De plus en plus de PME japonaises doivent donc être transmises hors de la sphère familiale, créant ainsi une opportunité de marché significative pour les sociétés de conseil en M&A spécialisées. En effet, ce phénomène a permis l’émergence de véritables «entremetteurs» qui ont pour objectif de dénicher le meilleur prétendant pour chaque entreprise se cherchant un successeur. 

Le potentiel est énorme avec environ 120.000 des 600.000 PME du pays confrontées à de tels problèmes de succession, ouvrant la voie à une forte croissance des bénéfices de ces conseillers indépendants.

Ces derniers se sont rapidement implantés dans tout l’archipel et connaissent aujourd’hui une expansion fulgurante nourrie par une demande croissante. 

Le leader incontesté, Nihon M&A Center, a ainsi connu une croissance annuelle de ses ventes et bénéfices de +26% et +31% depuis 2012. Parallèlement, son concurrent M&A Capital Partners a crû de +51% et +54%, respectivement. 

Sans surprise, leurs actions ont également largement surpassé l’indice japonais Topix.

Compte tenu de son profil démographique plutôt similaire, de sa croissance économique inférieure à la moyenne et d’une faible inflation, l’Europe pourrait bien suivre l’exemple japonais. Les entreprises familiales non cotées représentent 75% des sociétés en Allemagne et dans le sud de l’Europe et sont souvent confrontées aux mêmes problèmes. Toutefois, en l’absence de «pure players» cotés (pour le moment) dans le «mariage» d’entreprises européennes, les fonds de private equity spécialisés restent le meilleur, et souvent le seul, moyen de saisir cette opportunité de marché.

*Portfolio Manager DECALIA Asset Management






 
 

AGEFI



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