Commerce international: qui joue avec le feu finit par se brûler

mercredi, 11.04.2018

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen.

Face à la menace du protectionnisme, il convient de s’interroger sur l’importance du commerce international d’un pays à l’autre. 

L’Europe parait particulièrement vulnérable face au protectionnisme car son ratio entre les échanges commerciaux et le PIB (la somme des importations et des exportations divisée par le Produit intérieur brut) est élevé. Dans la zone euro, ce ratio atteint 84%, en Suisse il est de 120%, tandis qu’aux Etats-Unis, au Japon et en Chine, il se limite à 27%, 31% et 37%. Le Brésil est l’un des pays dont le ratio est encore plus faible, à 25% (données 2016, Banque Mondiale).

Emploi et commerce extérieur

Une autre manière d’analyser l’importance du commerce extérieur est de regarder combien d’emplois en dépendent. L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique) analyse qu’en 2011, près de 80% des emplois au Luxembourg étaient générés par la demande externe. 

Dans la plupart des pays européens, ce ratio se situe autour de 40%, tandis qu’encore une fois, la Chine, le Japon, et les Etats-Unis présentent des ratios bien plus faibles, autour de 20%. Si la part des emplois générés par la demande externe est plus faible dans ces derniers pays, ils ne représentent pas moins de 25 millions de personnes aux Etats-Unis, 13 millions au Japon, et 155 millions en Chine. 

Des ratios moins élevés dans les grands pays plus peuplés cachent en effet la réalité des nombres absolus. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la vaste majorité du commerce en Europe s’effectue entre européens. Ainsi, la vulnérabilité des Européens face au protectionnisme croissant est certes réelle, mais toutefois moins élevée que ces quelques ratios ne le suggèrent.

En regardant le compte courant (la partie de la balance des paiements qui mesure les échanges en biens et services), les vulnérabilités diffèrent. L’Union européenne présente le surplus le plus élevé au monde sur son compte courant, en dollars (2017, World Factbook). À elle seule, l’Allemagne arrive en deuxième position, suivie par le Japon et la Chine. La Suisse se trouve au 8e rang. A l’autre bout du spectre, les Etats-Unis affichent le plus important déficit au monde, devant le Royaume-Uni. 

En outre, pour financer un déficit sur le compte courant il faut soit avoir un surplus sur le compte des capitaux, ou le financer en utilisant les réserves de change. Les pays qui ont les réserves de change les plus importantes au monde sont dans l’ordre la Chine, le Japon, l’Union européenne et la Suisse. Le Royaume-Uni se situe à la 19e place, et les Etats-Unis à la 22e. 

En conclusion, des millions d’emplois dans le monde entier dépendent du commerce international et aucun pays ne sortira indemne d’une guerre commerciale. Toutefois, notre analyse suggère que les mots d’Honoré de Balzac (Scènes de la vie privée: Modeste Mignon) restent valables encore dans ce contexte: «Comme tous ceux qui jouent avec le feu, ce fut lui qui se brûla».

*Indosuez Wealth Management






 
 
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