Les nouvelles formes de transmission du savoir

lundi, 09.04.2018

Christophe Clavé*

Christophe Clavé.

Au sein des incubateurs de start-up s’inventent les nouvelles formes de transmission du savoir.

1. La grande entreprise comme prolongation de la formation initiale. Pour les personnes de ma génération, après de belles études supérieures la voie royale consistait à intégrer une grande entreprise de renom. On y passait les premières années de sa carrière à apprendre, des cultures, des normes, des règles, des attitudes, des outils. Un passage de quelques années dans un grand groupe faisait partie du parcours attendu, comme une formation post-études considérée comme incontournable.

2. La start-up comme nouveau modèle d’épanouissement. Les choses ont bien changé. Interrogez aujourd’hui des étudiants ou jeunes travailleurs, une grande majorité d’entre eux vous répondra qu’il ou elle préfèrera intégrer une start-up. Interrogez-les sur les raisons de cette inclinaison, les mots que vous entendrez seront «jeunes», «cool», «atmosphère de travail moderne», illustrant ainsi les croyances et attraits pour ce que la start-up véhicule dans l’imaginaire des plus jeunes. Cette différence illustre un changement de paradigme générationnel. Hier il fallait normer, mesurer, optimiser. Aujourd’hui les entreprises ont besoin de sentir, de réagir, d’innover, d’anticiper la satisfaction du client.

3. L’idéal confronté à la réalité. Accompagnant depuis des années de nombreuses start-up, à l’EPF de Lausanne ou à la Station F à Paris (le plus grand incubateur du monde), la réalité à laquelle je suis confronté est plus nuancée. De nombreuses start-up sont des lieux de jeunesse, de convivialité, de «coolitude» et d’efficacité. Certaines cependant ne parviennent pas à fonctionner sans règles, sans cadre, sans hiérarchie, et s’enlisent dans la procrastination, perdant leurs objectifs de vue.

4. La modernité de la start-up n’est pas l’absence de cadre. Ce que je constate, particulièrement dans les jeunes entreprises qui réussissent, c’est d’abord la formidable implication des équipes de jeunes entrepreneurs passionnés par leur projet et l’aventure qu’ils vivent. C’est ensuite leurs capacités à cadrer leurs actions, leurs interactions, leurs priorités, leurs réalisations. Les multiples outils de l’agilité sont clairs sur ce point: le cadre méthodologique servant au travail collectif est essentiel. Enfin, la capacité à identifier les savoirs dont ils ont besoin, et à y accéder, semble un autre facteur essentiel au succès.

5. La transmission du savoir. Il est fréquent de constater dans les incubateurs de start-up que l’organisation de conférences à thèmes, même lorsque l’invité est de grande qualité, rencontre assez peu de succès. C’est comme si cette façon de transmettre du savoir, traditionnelle, verticale, mettant l’apprenant dans une situation de récepteur passif, ne rencontrait plus aucun intérêt.

Ce qui fonctionne bien au contraire, c’est la mise à disposition des jeunes entrepreneurs d’un réseau d’experts, qu’ils peuvent solliciter lorsqu’ils en ont besoin, sur des problématiques concrètes et qu’ils doivent gérer immédiatement.

La transmission du savoir se fait par l’interpellation du sachant, mobilisant un savoir sur un cas réel, au moment où son besoin apparaît, dans le lieu et la situation où il est utile.

6. Inventer la pédagogie de demain. C’est dans ce type d’endroit, dans ce genre de rencontres, que s’élaborent les bases de la pédagogie de demain, adaptée aux demandes et aux capacités des jeunes générations. Ce qui se passe dans ce contexte est fascinant et pose les bases des modes agiles de transmission du savoir. Ce modèle est très contextualisé. Il ne s’applique en l’état ni à l’enseignement de masse, ni à la formation initiale. Mais il est riche d’enseignement et porteur de leçons pour l’avenir.

*Président EGMA






 
 
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