Dix illusions qui ruinent la Suisse

lundi, 09.04.2018

Jacques Neirynck*

Comme la prestidigitation, la politique recourt à l’illusion. Pour défendre une cause, il faut détourner l’attention des citoyens et celle des parlementaires de la réalité et la remplacer par une invincible erreur des sens. 

C’est l’objectif de la langue de bois: le discours politicien s’enchaîne selon une logique faussée à la base. L’illusion typique de la gauche consiste à accuser les «riches» de tous les maux et à proposer de leur enlever leur fortune. L’illusion symétrique de la droite revient à accuser les «étrangers» de toutes les difficultés et à proposer de les exclure. Dans les deux cas, la faute incombe toujours à l’ «autre», ce qui épargne de se corriger soi-même. En plus de ces deux méprises fondamentales, s’ajoute une panoplie d’erreurs nationales qui expliquent les mécomptes helvétiques.

La Suisse restaurerait son image de marque à l’étranger en organisant une exposition nationale en 2002 qui n’aurait rien coûté puisqu’elle aurait été financée à 80% par les entreprises. En réalité, l’argent public a financé 80% et l’étranger a ignoré la manifestation.

La Suisse aurait besoin d’une compagnie aérienne puissante qu’il faut financer avec de l’argent public. En réalité, un petit pays ne parvient pas à préserver ce type d’entreprise. Les 4 milliards de subsides en 2002 sont perdus.

La Suisse aurait besoin d’une armée de milice pour défendre son territoire en cas d’invasion. En réalité, il n’y a aucun risque d’invasion, sinon par des terroristes ou des casseurs contre lesquels cette armée est impuissante.

Le réseau routier

La Suisse aurait besoin d’un réseau de routes qui permette aux véhicules motorisés de se déplacer en toute circonstance sans rencontrer de bouchons. En réalité, il est physiquement impossible d’assurer les déplacements de 4,3 millions de véhicules pour 7 millions d’habitants sur un petit territoire à la topographie compliquée.

Le réseau postal devrait rester ce qu’il est, pour la commodité des usagers et le maintien des emplois. En réalité, La Poste subit la concurrence d’Internet et elle est condamnée à disparaître si on l’empêche d’évoluer pour survivre.

Il serait possible de tenir les engagements faits pour l’AVS. En réalité, dans un pays qui vieillit et se dépeuple, un système de pension par répartition est voué à la faillite, sauf si l’on encourage l’immigration, ce que le peuple refuse.

Malgré les progrès de la médecine et le vieillissement de la population, il serait possible de ne pas augmenter le coût de l’assurance maladie, en exerçant une pression sur les professions médicales. En réalité, en espérant réprimer les abus, on procède à un rationnement des soins indispensables.

Les enseignants sont tellement dévoués qu’il n’est pas nécessaire d’augmenter les dépenses d’éducation, même si le nombre de jeunes en formation augmente. En réalité, la qualité de l’enseignement suisse se dégrade comme le démontrent les comparaisons internationales.

La Suisse n’aurait pas besoin d’entrer dans l’Union européenne. En réalité, une Europe de 450 millions n’a aucun besoin d’une Suisse de sept millions. Les négociations bilatérales se traînent dans une impasse.

Tel est le catalogue abrégé des chimères helvétiques de droite, de gauche et du centre. La réalité, elle, continue d’exister.

*Professeur honoraire EPFL






 
 
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