La revanche des boutiques par rapport à l’e-commerce

vendredi, 06.04.2018

Ian Kelley*

Les espaces de vente physique résistent. En Europe, grandes villes et zones de luxe progressent: une aubaine pour les investisseurs.

Les médias ayant passablement exagéré les succès de la vente en ligne, l’opinion est désormais convaincue du déclin du commerce physique. Ce dernier ne peut être nié mais il n’est pas l’unique cause de la faillite de certains distributeurs outre-Atlantique. 

Répondre aux attentes des consommateurs

En réalité, la plupart de ces fermetures concerne des enseignes qui, n’ont pas fait l’effort de se renouveler de manière à répondre aux attentes des consommateurs. De plus, les marchés américain et européen sont très différents, par conséquent les évolutions de l’un ne se reproduisent pas nécessairement à l’identique sur l’autre.

Ainsi en Europe, l’expansion des distributeurs internationaux, et en particulier celle des enseignes qui ont su promouvoir de nouveaux concepts, ne connaît aucun frein, notamment dans les grandes villes. Les distributeurs profitent également du fait que le tourisme est un moteur essentiel des ventes: en 2016, l’Europe a accueilli plus de 600 millions de visiteurs et leur croissance, de 5% en moyenne annuelle (2014-2016), devrait même atteindre 8% en 2017.

Le commerce de détail européen et, par conséquent l’immobilier qui lui est associé, a certes connu des changements mais globalement la demande de magasins physique reste très soutenue, notamment dans les grandes villes ainsi que dans les quartiers les plus courus.

Car même si les détaillants sont toujours plus nombreux à plébisciter l’approche multicanal (magasins physiques et présence en ligne), la visibilité et la fréquentation restent les critères déterminants de la localisation des espaces de vente. Par conséquent, les artères principales des grandes villes continuent de représenter un secteur de croissance durable des loyers.

Leur progression annuelle moyenne dans les centres urbains européens devrait être de l’ordre de 2.73% jusqu’en 2021, les villes carrefours atteignant un taux de 3.29%. Quant aux zones dédiées au luxe, leurs loyers enregistrent des croissances à deux chiffres, et la pression devrait se maintenir du fait du manque chronique d’espaces adéquats.

En 2017, 38% des ouvertures de commerces de luxe se sont faites en Europe, une proportion bien supérieure à celles observées dans la zone Asie-Pacifique (28%) ou en Amérique du Nord (20%). Dans les quartiers traditionnellement consacrés au luxe et proches des grands hôtels, la compétition est féroce. La solution est de s’arrime à des enseignes telles que Louis Vuitton, Gucci, Hermès ou Chanel, afin de bénéficier de leur aura. Parallèlement, des leaders tels que Zara et H &M, consolident leur présence physique en installant leurs magasins principaux dans des emplacements stratégiques. 

Par ailleurs, des enseignes de plus haut de gamme telles que MAC, Michael Kors et Swarovski, qui occupent des magasins de plus petite taille, représentent la plus grande partie de la demande émanant du commerce de détail. Les restaurants, enfin, sont le segment du marché le plus dynamique. 

La demande pour des commerces de boissons et d’aliments connaît une croissance exponentielle dans les centres villes: pour l’essentiel, elle émane d’une clientèle en quête «d’expérience» ainsi que de plateformes de livraison telles qu’Uber, Eats et Deliveroo.

*Fund director Europe and head of France BMO Real Estate Partners






 
 

AGEFI



...