Le libre-échange continue de progresser dans le monde

mercredi, 04.04.2018

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen.

Le protectionnisme reste la plus importante menace pour le cycle économique mondial et il est absolument indispensable que l’on concentre notre attention sur ce sujet. Néanmoins, il convient de noter que le libre-échange continue de progresser au moment même où son existence est menacée.

Le 21 mars, 44 pays africains ont signé un accord de libre-échange, nommé AfCFTA (Zone de libre-échange continentale africaine). 27 pays ont décidé d’aller encore plus loin, en signant un accord supplémentaire permettant la libre circulation de personnes. L’accord doit encore être ratifié par au moins 22 parlements des pays signataires avant de rentrer en vigueur. Il englobe une population d’1,2 milliard de personnes, et un PIB (Produit intérieur brut) dépassant 2000 milliards de dollars américains. Pour aller encore un peu plus loin, l’accord aurait pu inclure les 55 pays de l’Union africaine, mais une dizaine a décidé de rester à l’écart, y compris le Nigéria et l’Afrique du Sud, les plus importantes économies du continent. 

Les autres pays non-signataires sont le Botswana, le Lesotho, la Namibie, la Zambie, le Burundi, l’Erythrée, le Bénin, la Sierra Leone, et la Guinée-Bissau.

L’accord engage les pays membres à supprimer entre eux les taxes à l’importation sur 90% des biens concernés, et par la suite à éliminer les derniers 10%. Le commerce intrarégional, dont le niveau est faible relativement parlant, devrait sensiblement en bénéficier. Il s’élève à à 16% du commerce total du continent, contre 19% en Amérique latine, 51% en Asie, et 67% dans l’Union européenne. 

L’accord tente également de limiter les barrières non-tarifaires au commerce inter-régional, telles que des exigences de standards et de licences qui diffèrent entre pays africains. Un manque d’infrastructure freinera très probablement le rythme de développement du commerce africain. Selon la London School of Economics, le transport des biens peut coûter cinq fois plus cher en Afrique qu’aux Etats-Unis, par unité de distance.

Ainsi, cet accord ne transformera pas l’Afrique en tigre asiatique d’un coup de baguette magique. Néanmoins, il est probablement le plus important accord commercial signé depuis la création de l’OMC en 1995. Pendant les années 1948-1994, GATT, le précurseur de l’OMC comptait 124 notifications d’accords de libres échanges régionaux. Depuis 1995, l’OMC en a enregistré 400 de plus. 

Nous notons également l’accord Trans-Pacifique qui a été signé sans les Etats-Unis, et d’autres qui sont en cours par exemple dans les pays de l’Association des pays de l’Asie du Sud-Est ainsi qu’en Amérique latine (entre le Chili, la Colombie, le Mexique, et le Pérou). 

En dehors des accords de libre-échange régionaux, l’OMC répertorie le nombre de mesures prises par les pays-membres visant à restreindre ou faciliter le commerce. Ainsi, fin 2017, l’organisation a constaté que les pays continuent à adopter d’avantage de mesures encourageant le commerce que le contraire. 

Sur la période octobre 2016 - octobre 2017, le ratio entre les volumes (en dollars américains) d’échanges concernés dépassait 2:1. En outre, l’accord sur les technologies de l’information (ATI) aurait bénéficié à l’équivalent de 2.4% des importations mondiales de biens.

Faute d’un monde parfait, ces évolutions montrent qu’aujourd’hui, les forces en faveur du libre-échange sont encore dominantes. Pourvu que cela dure.

*Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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