Taxes à l’importation: Trump se tire une balle dans le pied

jeudi, 15.03.2018

Philippe G. Müller*

En dégainant ses nouvelles mesures, le président des Etats-Unis Donald Trump a, une fois de plus, mis en émoi les marchés financiers. Il a, en effet, annoncé des droits de douane de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium.

La réaction ne s’est pas fait attendre: les actions et monnaies des pays et entreprises exposés aux échanges commerciaux ont réagi très négativement. La cause première de cette agitation est certainement le risque, désormais nettement accru, d’une guerre commerciale internationale.

Un différend commercial aggravé, entraînant l’érection de barrières douanières, serait un scénario malvenu pour la Suisse aussi. L’économie helvétique est très ouverte et donc dépendante des échanges internationaux de marchandises, de services et de capitaux.

Plus de perdants que de gagnants

Avec son annonce de la semaine dernière, Donald Trump a fait un premier pas vers une guerre commerciale ouverte. Cette décision a, semble-t-il, donné lieu à des débats violents entre deux ailes de l’administration américaine. D’une part, un courant nationaliste protectionniste autour du secrétaire au Commerce Wilbur Ross et de son disciple Peter Navarro et, d’autre part, un courant adepte du libre-échange autour de Gary Cohn, ancien banquier et actuel président de l’influent «National Economic Council». L’annonce de la création de barrières douanières a d’ailleurs été mal préparée. Dans un premier temps, on ne savait pas du tout si ces taxes visaient principalement les importations chinoises d’acier et d’aluminium, ou si des exceptions s’appliqueraient pour certains pays.

Dans les jours qui ont suivi, la Maison Blanche n’a cessé de lancer des messages contradictoires. La Chine est certes le premier exportateur mondial d’acier, mais sur les 75 millions de tonnes exportées en 2017, seulement 1 million l’a été vers les Etats-Unis.

Les quatre principales sources des importations d’acier américaines sont le Canada (5,9 millions de tonnes), l’Union européenne (UE, 4,8 millions de tonnes), le Brésil (4,7 millions de tonnes) et la Corée du Sud (3,4 millions de tonnes). Des taxes douanières forfaitaires sont politiquement risquées, car l’UE et d’autres pays ont déjà annoncé de sévères mesures de représailles.

Cette mesure populiste de Donald Trump revient à se tirer une balle dans le pied. Il se peut que l’introduction de droits de douane sauve, provisoirement, quelques milliers d’emplois dans la métallurgie américaine. Mais ces taxes auront de multiples effets secondaires. Les consommateurs américains devront payer plus cher de nombreux produits et leur revenu réel va donc diminuer. En ce sens, cette mesure revient à une simple redistribution, de beaucoup (les ménages) vers quelques-uns (les ouvriers métallurgistes).

La compétitivité de toutes les entreprises américaines qui utilisent l’acier et l’aluminium comme produit intermédiaire devrait également baisser. Beaucoup d’autres encore pâtiront des droits de douane instaurés en représailles par les partenaires commerciaux et, avec elles, leurs salariés.

Il semble bien qu’une guerre commerciale fera plus de perdants que de gagnants. Voilà ce qui arrive inévitablement quand de plus en plus de pays portent au pouvoir des protectionnistes et des nationalistes.

*Economiste responsable pour la Suisse romande, CIO WM UBS






 
 

AGEFI




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