Etats-Unis: tirer les leçons du protectionnisme

mercredi, 14.03.2018

Marie Owens Thomsen*

La décision prise par le président Trump d’imposer des taxes sur l’importation d’acier et d’aluminium mérite un peu de contexte historique.

Suite à la révolution des chemins de fer, pendant laquelle des fortunes exorbitantes ont été amassées par JP Morgan et Andrew Carnegie par exemple, l’inégalité des revenus s’est creusée. Des demandes de protectionnisme se sont alors multipliées, et le corps politique fut contraint de les exaucer. La loi de trop, celle qui a fait déborder le vase, fut la loi Smoot-Hawley, signée par le président Hoover le 17 juin 1930. Quelque 25 pays ont répliqué et adopté des contre-mesures pendant les deux années suivantes. Le commerce international s’est contracté d’environ 60% au cours des quatre années durant lesquelles la loi fut en vigueur.

1028 économistes, y compris le célèbre Irving Fisher de l’Université de Yale, ont tenté, en vain, d’empêcher la signature de cette loi, en écrivant une lettre au président. 88 ans après, leur lettre n’a rien perdu de sa pertinence.

Une différence importante, pourtant, entre 1930 et nos jours, tient dans le contexte macro-économique. En 1930, le taux de chômage se situait à 8,7%, et le Produit Intérieur Brut (PIB) des Etats-Unis était en contraction de 8,5%, accompagné d’un taux de déflation (prix en baisse) de 6,4%. Actuellement, le taux de chômage s’élève à 4,1%, le PIB à 2,5% (quatrième trimestre 2017, en évolution sur 12 mois), et l’inflation (prix à la consommation) à 2,1% (en février 2018, également en glissement annuel).

La différence entre ces deux situations ne pourrait donc pas être plus marquée. Avec le recul des années, nous savons aujourd’hui que les taxes à l’importation imposées en 1930 n’ont en rien amélioré le sort de l’économie américaine. La Grande Dépression a commencé le 29 octobre 1929; la loi Smoot-Hawley n’en fut donc pas la cause. Néanmoins, la loi a amplifié et prolongé la contraction économique qui a duré jusqu’en 1939, et qui a, notons-le, été suivie par la Seconde Guerre mondiale. Le taux de chômage a atteint un plus haut de presque 25% en 1933. A cette époque et compte tenu de la situation, on pourrait comprendre qu’un président faisant face à l’assaut de la Grande dépression puisse prendre une telle décision, pensant bien faire. Aujourd’hui, avec un cycle économique en plein essor, une telle politique peut difficilement être justifiée.

Avec le recul, même l’idée que le protectionnisme puisse aider la sidérurgie américaine est réfutable. L’emploi dans le secteur est passé d’environ 650.000 pendant les an nées 1950 à quelque 140.000 actuellement, et ce malgré le fait que la sidérurgie américaine ait été amplement protégée depuis les années 1960. Le «Petersen Institute of International Economics» a analysé l’impact du plan protectionniste du président Bush en 2001. Les chercheurs ont estimé que le coût pour le pays a atteint 3,5 milliards de dollars par an, ou 360.000 dollars par emploi «sauvé». Il faut noter que la rémunération annuelle d’un employé dans le secteur était de 72.000 dollars à l’époque. Ainsi, le profit du protectionnisme va très majoritairement aux sociétés protégées, et non pas aux ouvriers concernés. Une politique qui protègerait réellement les employés, par une indemnisation qui remplacerait les revenus perdus ainsi que les retraites et l’assurance maladie, aurait pu coûter un dixième de ce montant, soit 350 millions de dollars par an. Faisons attention à nos idées reçues et constatons qu’en matière de protection de l’emploi, il faut protéger l’employé, et non pas l’employeur. (Lire aussi page 11)

*Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI




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