Protectionnisme: David Hume contre Donald Trump

mardi, 13.03.2018

Bruno Cavalier*

Donald Trump n’a jamais fait mystère de ses penchants pour le protectionnisme mais jusque récemment, il s’en tenait aux menaces contre les «manipulateurs de devise» et les pays à fort excédent. Ce n’était pas suivi d’actions concrètes. 

Avec l’annonce récente de droits de douane sur les importations de certains métaux industriels, un changement notable s’est produit. De plus, les partisans d’une guerre commerciale sont désormais les plus nombreux et les plus actifs dans le cercle de ses conseillers. Il y a là une menace d’escalade et de représailles. Le commerce mondial avait repris un certain tonus l’an passé. Le protectionnisme, s’il se confirme, met un risque baissier sur la croissance mondiale.

De la jalousie du commerce

Il est peu probable que Donald Trump ait jamais entendu parler, et encore moins qu’il ait lu, David Hume, qu’on peut considérer comme l’inventeur de l’économie politique, parmi d’autres contributions majeures à la pensée occidentale. 

David Hume, lui, avait par anticipation fait le portrait de Trump et de ses idées économiques dans ses Essais moraux et politiques parus en 1742. L’un des chapitres de ces Essais intitulé «De la jalousie du commerce» (Of the Jealousy of Trade) décrit à la perfection la situation régnant à la Maison Blanche: «Rien n’est plus habituel, parmi les États qui ont fait quelques progrès dans le commerce, que de regarder d’un œil suspicieux le progrès de leurs voisins, de considérer tous les États commerçants comme leurs rivaux, et de supposer qu’il est impossible à aucun d’entre eux de s’épanouir, si ce n’est à leurs dépens.»

Voici ce que David Hume aurait répondu s’il avait été le principal conseiller économique de Donald Trump: «En opposition à cette opinion étroite et maligne, j’oserai affirmer que l’accroissement des richesses et du commerce dans une nation quelconque, au lieu de blesser, favorise communément la richesse et le commerce de tous ses voisins; et qu’un État peut à peine porter très loin son commerce et son industrie, si tous les États environnants sont ensevelis dans l’ignorance, la paresse et la barbarie.»

Puis, par faute d’avoir été entendu et compris, Hume aurait probablement présenté sa démission, comme l’a fait Gary Cohn. Cette démission laisse le champ libre à tous ceux qui autour de Trump considèrent que:

1. tout déficit commercial avec un pays tiers est une mauvaise chose symbolisant la faiblesse de l’Amérique

2. ce déficit résulte certainement d’un comportement injuste ou du non-respect des règles du commerce global (OMC) ou des accords de libre-échange (NAFTA)

3. les États-Unis ont donc le droit et le devoir de défendre leurs intérêts en adoptant des contre-mesures ad hoc, en récusant les accords commerciaux passés, voire en encourageant eux-mêmes la dévaluation compétitive du dollar.

En 2017, les États-Unis avaient un déficit bilatéral avec plus d’une centaine de pays, autant d’humiliations pour le président américain. Leur déficit total s’élevait à 566  milliards de dollars, dont 375 milliards avec la Chine, 71 avec le Mexique, 69 avec le Japon, 64 avec l’Allemagne, etc. 

La Chine est, il va sans dire, la principale cible de l’acrimonie américaine car, au-delà de la question commerciale, se joue une lutte pour le leadership mondial à long terme. Au demeurant, il serait naïf de croire que les autorités chinoises ne jouent pas un double jeu sur le commerce. Elles ont longtemps œuvré pour maintenir leur devise à un niveau sous-évalué (ce n’est plus le cas) et ne sont pas vraiment pressées d’ouvrir leurs marchés domestiques aux entreprises étrangères.

*Chef économiste ODDO BHF






 
 

AGEFI




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