Nouveau président de la Fed: la «malédiction» frappe à nouveau

lundi, 12.03.2018

Cédric Spahr*

L’entrée en fonction du nouveau président de la Réserve Fédérale, Jay Powell, coïncide avec une phase de faiblesse des marchés actions, une situation qui a des précédents historiques. Alors que l’économie mondiale continue de croître au-dessus de son potentiel et que les risques inflationnistes occupent le devant de la scène, la vigilance accrue des banques centrales signifie que les conditions d’investissement devraient rester difficiles jusque vers la fin du deuxième trimestre.

L’entrée en fonction de Jay Powell comme nouveau président de la Réserve Fédérale a coïncidé assez exactement avec le début d’une phase de correction sur les marchés boursiers début février. Ses déclarations devant le Congrès laissant entendre que la Fed devrait accélérer le rythme de resserrement de sa politique monétaire a relancé la vague baissière la semaine dernière. 

Une phase d’incertitude

Un examen attentif de la Bourse américaine durant les six mois suivant la prise de fonction d’un nouveau président de la Fed depuis 1914 montre qu’une tendance baissière constitue en général la règle. Les investisseurs semblent initialement appréhender les intentions du nouveau responsable de la politique monétaire américaine. Les défenseurs de la finance comportementale pourront facilement concevoir que cette phase d’incertitude se traduise par une hausse des primes de risques et une baisse des cours.

Ce scénario semble d’autant plus plausible que M. Powell entre en scène alors que la croissance globale continue d’évoluer au-dessus de son potentiel à long-terme et suscite une augmentation des craintes inflationnistes. Celles-ci n’annoncent pas forcément un désastre pour les marchés actions mais indiquent cependant que les anticipations sur la politique monétaire et la liquidité joueront désormais un rôle prépondérant.

Les investisseurs feraient donc bien d’anticiper un retour durable de la volatilité sur les marchés actions, reflet à la fois de la hausse des rendements obligataires et d’une politique monétaire US qui s’annonce plus restrictive qu’anticipée initialement par le marché. 

Contrairement à ses prédécesseurs, Jay Powell n’offrira pas en 2018 d’option de vente implicite pour protéger les investisseurs des risques baissiers. Le cas opposé nous semble plus probable, dans la mesure où les statistiques d’inflation ont beaucoup de chance de surprendre à la hausse de mars à juin, reflétant entre autres certains effets de base dus aux mouvements du prix du pétrole en 2017.

Les marchés actions devraient par conséquent rester vulnérables à des phases de faiblesse durant le deuxième trimestre 2018. Au niveau régional, les actions des pays émergents nous semblent les plus attractives en raison d’une croissance des bénéfices très forte, alors que la faiblesse récente des indices en Europe et au Japon nous semble plus problématique. 

Cette période de faiblesse vers mai-juin devrait par contre offrir une occasion d’achat intéressante. En effet, la fin de la phase baissière engendrée par l’arrivée d’un nouveau chef de la Fed annonce souvent une période de hausse durant les douze mois suivants.

*Stratège actions J. Safra Sarasin






 
 

AGEFI




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