Le CHUV gagnerait à être davantage transparent

vendredi, 09.03.2018

Claudine Amstein*

Le surveillant des prix vient de rappeler l’importance de la transparence dans le secteur de la santé publique en mettant en ligne les tarifs de vingt traitements hospitaliers stationnaires fréquents. Une approche dont certains responsables politiques gagneraient à s’inspirer.

La transparence est tendance. Le week-end dernier, les Fribourgeois ont plébiscité une initiative obligeant les partis politiques, de même que les comités de campagne, à publier leurs comptes, en dépit de l’opposition du gouvernement et du parlement. 

Le secteur sanitaire n’échappe pas à ce besoin de clarté. À la fin du mois dernier, Stefan Meierhans a annoncé qu’il placera l’évolution des coûts de la santé en tête de ses priorités cette année.

Des tarifs différents selon les hôpitaux

Pour Monsieur Prix, la sensibilisation à l’évolution de ces coûts passe par une transparence accrue. Joignant le geste à la parole, il a mis en ligne les tarifs de vingt traitements hospitaliers stationnaires fréquents, une première. La consultation de cette liste permet de constater que les hôpitaux pratiquent des tarifs différents en fonction de l’intervention. On trouve même des variations de prix dans un même canton selon les établissements.

Le surveillant des prix pointe du doigt un problème de gouvernance dans la mesure où les gouvernements cantonaux, qui approuvent les tarifs négociés entre hôpitaux et assureurs, portent plusieurs «chapeaux». Ils sont à la fois propriétaires et employeurs, et définissent les prix des prestations. Pour lui, il faudrait confier à un tiers la fixation des prix dans le domaine stationnaire, un exercice dont il s’acquitterait de manière plus impartiale que l’État.

Stefan Meierhans exprime dans le fond ce que les organisations économiques faîtières vaudoises - dont la CVCI – revendiquent avec leur programme «Impulsions 2022» publié l’été dernier: l’instauration de la transparence des flux financiers liés aux hôpitaux, aussi bien dans le domaine des soins stationnaires que dans celui de l’ambulatoire. Elles demandent en outre la transformation du CHUV d’un service de l’État en un établissement autonome de droit public, doté d’un conseil d’administration, comme c’est le cas partout ailleurs en Suisse dans le domaine hospitalier.

Car c’est une réalité: le CHUV est soumis à l’autorité exclusive du conseiller d’État responsable de la Santé et de l’Action sociale, qui se retrouve ainsi juge et partie. Il arbitre les financements croisés, puisque le canton finance une partie des soins, et décide comment cet argent est dépensé, dicte la politique d’acquisition des équipements lourds, tranche sur le nombre de lits accordés au domaine privé. Cette double casquette est sans nul doute problématique.

Dans les autres cantons, on a pris conscience de la nécessité d’une gouvernance plus claire et plus indépendante dans le secteur sanitaire. 

Tout récemment, dans le cadre de la crise qui a conduit au départ de la directrice de l’Hôpital cantonal fribourgeois, la conseillère d’État chargée de la Santé et des Affaires sociales, Anne-Claude Demierre, a proposé de se retirer du conseil d’administration de l’établissement, car elle voyait dans sa double casquette un risque de «conflits d’intérêts». Puisse ce vent de transparence salutaire souffler sur les hauts de Lausanne!

*Directrice CVCI






 
 

AGEFI




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