Quand la Suisse, pays trop heureux, sacrifie sa prospérité

mercredi, 07.03.2018

Nos sénateurs ne veulent visiblement pas d’une Suisse numérique. Cette semaine, ils ont refusé pour la deuxième fois en une année d’augmenter les valeurs-limites de radioprotection. L’enjeu est pourtant de taille: il s’agit de permettre le déploiement de la 5G. Cette technologie, 100 fois plus puissante que le 4G actuelle, permettra un nombre illimité de connexions simultanées et le développement à large échelle de l’internet des objets. C’est une révolution majeure dans notre quotidien, du développement des véhicules autonomes à l’assistance des personnes âgées, en passant par l’automatisation complète des chaînes de production (lire L’Agefi du 5 mars). 

Le Conseil fédéral voulait donc augmenter les valeurs limites de radioprotection, mais les sénateurs s’y sont opposés. Au nom du sacro-saint principe de précaution, et sans aucune preuve de danger pour la santé, nous appliquons des valeurs-limites dix fois plus sévères en Suisse que dans l’Union européenne. Le fameux «swiss finish» d’un pays qui va trop bien. Nous le mettons sous cloche, nous protégeons le rythme de production de nos vaches laitières, et nous laissons l’Amérique et l’Asie prendre le contrôle de nos vies. Victimes, une fois de plus, de notre principal défaut: l’absence de vrai problème. Tout va trop bien en Suisse. Un pays trop heureux, trop peureux. Au point de sacrifier sa prospérité.

Moralité: à Berne, il y a d’un côté les beaux discours sur la numérisation, et de l’autre la réalité politique fédérale, figée. Reste une solution: Doris Leuthard n’est pas obligée d’avoir le soutien du Parlement dans ce dossier. Elle peut modifier l’ordonnance sans passer par les chambres. Elle doit le faire, il y a urgence. Nos institutions seront un peu ébranlées, mais nos vaches n’en souffriront pas. Au contraire, même.






 
 

AGEFI



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