Encore une pincée d’individualisme pour votre board?

mercredi, 07.03.2018

Marc Ehrlich*

Je discutais récemment avec l’un de mes fournisseurs sud-africains, qui m’encouragea à revoir le film «Invictus» pour mieux comprendre la difficile transition qu’a vécue son pays mettant fin à l’apartheid. On peut y voir l’histoire de l’équipe nationale de rugby –une bande de bras cassés n’ayant jamais eu d’exposition internationale en raison du boycott, et très majoritairement constituée d’hommes blancs – qui devait servir d’emblème à la réconciliation nationale. 

Grâce à une touche exceptionnelle de coaching de Nelson Mandela récemment élu, et surtout grâce à un esprit d’équipe sans faille, ils courent de victoire en victoire et finissent par gagner la coupe du monde face aux terribles All Blacks. Magnifique exemple de la célébration de l’esprit de groupe qui est aujourd’hui porté comme un dogme indiscutable, autant dans la vie personnelle qu’en entreprise. 

Et pourtant, Christian Morell dans son livre «les décisions absurdes» explique pourquoi les plus mauvais choix sont souvent le fait de décisions de groupe. Son point de départ se fonde sur les nombreuses enquêtes diligentées suite à des accidents importants: pétroliers qui ne se seraient jamais heurtés si ils n’avaient pas modifié leur route... dans le but de s’éviter, explosion de la navette spatiale Challenger en 1986 à cause d’un petit joint en caoutchouc défectueux, etc. 

Il déduit de ces enquêtes que les groupes arrivent presque systématiquement à une situation de blocage: soit de type consensus mou, soit de type conflictuel. Le groupe perd alors toute sa dynamique de créativité, de responsabilité et de rationalité. 

Il explique également que, facteur aggravant, chacun s’enferme dans un rôle (expert, leader ou naïf), au détriment de la qualité de la communication. Les conseils d’administration sont souvent des cas particulièrement intéressants de ces problématiques. 

On peut se rendre compte que certains types de personnalités y sont à éviter à tout prix: celui qui prend en otage les séances avec des points de discussions trop longs, celui qui assène des vérités indiscutables, celui qui ne dit jamais rien, etc. 

Un autre film illustre très bien plusieurs de ces thématiques: «Grounding», le récit des derniers jours de Swissair. En plus des problèmes déjà mentionnés, on y voit les déchirements dus aux intérêts particuliers et egos de tous les protagonistes. Malgré des fondamentaux défavorables, il semble que notre compagnie nationale aurait pu être sauvée avec un peu de bonne volonté et constitue un bel exemple de gâchis. 

Warren Buffett fait du  mauvais fonctionnement des conseils d’administration un de ses thèmes favoris. Il exprime notamment ses doutes sur l’indépendance réelle de ceux que l’on nomme administrateurs indépendants - mais qui souhaitent avant toute chose garder leur siège! Il explique également avoir souvent l’impression que les administrateurs imaginent que contester une décision du CEO peut apparaître comme un manque de politesse! De nos jours, l’individualisme ne sonne plus que de manière péjorative, au détriment parfois d’une réelle liberté de réflexion et de décision. 

Le psychologue Solomon Ash – dont les expériences ont démontré dans les années 50 qu’une personne testée pouvait régulièrement donner une réponse incorrecte ou illogique pour autant qu’elle soit conforme au reste du groupe – aurait apprécié!

*CEO Vipa






 
 

AGEFI




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