Ne laissez pas votre fonction vous enfermer dans la solitude!

lundi, 05.03.2018

Christophe Clavé, président EGMA

Il y a quelques années déjà, alors directeur général d’une division internationale dans un grand groupe industriel, j’avais décidé d’installer le siège de cette division au sein d’une société dont nous venions de faire l’acquisition, près de Bâle

Cette usine d’un peu plus de quatre cents salariés, située à quelques kilomètres de Bâle, était nichée dans un écrin de verdure. Mon bureau, vaste pièce d’angle très lumineuse, donnait sur une forêt traversée par un ruisseau. C’est dans cet environnement idéal que je m’installais aux premiers jours de ma présence en Suisse.

Sur mon bureau encore vide m’attendait un seul dossier. Il provenait d’un client qui venait d’aménager dans un siège social flambant neuf près de Berne. L’immeuble, ultra moderne, assurait sa régulation thermique sans air conditionné, par le jeu d’une façade couverte de panneaux mobiles, actionnés par des centaines de vérins électriques fabriqués par la société dans laquelle je venais de m’installer.

Partager les problèmes

Le système de coordination des vérins ne fonctionnait pas. L’emménagement du client dans son nouveau siège était reporté de plusieurs semaines. Celui-ci nous réclamait cinquante millions de francs suisses de dédommagement. Je me souviens précisément des sentiments et des pensées que le dirigeant que j’étais a ressenti à ce moment-là.

Dans l’entreprise, chaque jour, des dizaines de bonnes et moins bonnes nouvelles arrivent. La plupart est traitée par les équipes en charge.

Les problèmes sont partagés, au niveau des équipes. Les plus importants remontent dans la hiérarchie et sont progressivement résolus. Seuls les problèmes les plus lourds, que personne ne pense devoir ou pouvoir traiter arrivent jusqu’au dirigeant. Celui-ci peut très vite se trouver dans une situation où il est assailli, submergé de questions que personne n’a voulu ou pu régler avant lui.

La tour d’ivoire du dirigeant est souvent construite de mauvaises nouvelles, de problèmes difficiles, de situations stressantes. Le dirigeant est victime de ce que nous appellerons ici le syndrome de l’omniscience, l’enfermant dans l’obligation de tout savoir, d’avoir toujours une opinion sur tout.

Pour l’entreprise et le monde, le dirigeant est le sachant ultime. Origine d’un grand stress potentiel, ce syndrome de l’omniscience contribue à couper le dirigeant de la réalité, pour lui faire croire peu à peu qu’il est effectivement le seul à pouvoir décider, et créant ainsi cet isolement fameux.

Le dirigeant n’est pas condamné à la solitude. Plus il sera ouvert, en partage, en apprentissage, dans une démarche qui nécessite une dose d’humilité, mieux il vivra cette pression qui l’isole.

A chacun de trouver les voix l’aidant à rompre avec cette solitude: le recours à son conseil d’administration, le travail avec son équipe, l’accompagnement par un mentor ou un coach.

Ce qui compte ce n’est pas par qui ou comment le dirigeant est aidé. Mais de ne pas rester seul, d’avoir le courage et l’humilité de rompre cet isolement. Bref, d’être un dirigeant agile.






 
 

AGEFI




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