Loi sur l’enseignement obligatoire: la mathématique vaudoise

lundi, 05.03.2018

Jacques Neirynck, professeur honoraire EPFL

A l’occasion d’un sondage parmi les enseignants et parents, on découvre que la Loi sur l’enseignement obligatoire (LEO) du canton de Vaud est inapplicable selon l’immense majorité des cas.

Ce n’est pas en mettant dans la même salle de voie générale (VG) les élèves moyens et faibles, que l’on va résoudre d’un coup de baguette magique le problème de ces derniers, mais en les encadrant de façon plus individuelle.

Et donc plus coûteuse dans des classes spécifiques à effectif réduit. La droite refuse: elle ne veut pas rehausser l’enseignement public, puisque ses enfants ont la ressource de l’enseignement privé.

L’irréalisme technocratique

De son côté la gauche a élaboré la LEO pour des raisons idéologiques: affaisser le niveau général pour ne pas créer d’inégalités; renoncer à véritablement enseigner pour concevoir l’école publique comme un simple lieu de socialisation, sans véritable objectif de former aux réalités de l’économie future; de façon inconsciente et sans intention perverse, garder une classe sociale faiblement instruite, pour en récolter plus tard les suffrages. La VG baisse donc de niveau, les enseignants stressés gèrent des classes disparates, soumises à des horaires contradictoires.

Les cours de mathématiques des dernières années de l’enseignement obligatoire sont révélateurs. Tout y respire l’irréalisme technocratique du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture. Celui-ci s’imagine qu’il existerait des mathématiques proprement vaudoises, différentes de celles du reste du monde. Dès lors les manuels existants sur le marché francophone seraient inutilisables

Des enseignants zélés se sont attelés à en rédiger un manuel original au seul bénéfice de l’enseignement cantonal. Le résultat est insatisfaisant. Une branche essentielle en technique, la trigonométrie, est abandonnée au bénéfice de sujets abstraits comme la détermination exacte du nombre pi, la cryptographie ou le pavage, inutilisables pour la suite. Tant pis pour les futurs étudiants de l’EPFL ou de la HES confrontés ensuite à des étudiants étrangers, vraiment formés en mathématiques utilisables, qui réussissent nettement mieux en première année.

La mathématique est une branche trop importante pour en confier la gestion à ses seuls enseignants. Formés à l’université, ils visent spontanément à former de futurs mathématiciens spécialisés. C’est un objectif louable, mais qui n’exclut pas que les futurs ingénieurs, techniciens, financiers, assureurs, bien plus nombreux soient servis en priorité.

Au lieu de se refermer sur elle-même, d’inventer des solutions aussi originales qu’inapplicables, l’école vaudoise devrait s’ouvrir sur le monde d’aujourd’hui, sur la numérisation de l’économie et donc sur les exigences de l’emploi. Nous importerions moins d’étrangers très qualifiés, si nous formions mieux nos propres enfants, en visant un nivellement par le haut plutôt que la socialisation au niveau le plus bas. En dépensant ce qu’il convient pour que tous nos enfants soient amenés au niveau le plus élevé qu’ils puissent atteindre. C’est notre investissement le plus précieux pour leur bien-être futur. C’est leur droit et c’est notre devoir.






 
 

AGEFI




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