Neurosciences: pas d’abandon

vendredi, 02.03.2018

Servaas Michielssens*

En janvier dernier, Pfizer annonçait la fin de leurs programmes portant sur les neurosciences. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Pourquoi une société pharmaceutique de cette ampleur abandonnerait-t-elle un domaine médical dont les besoins sont immenses et peu satisfaits? Les espoirs d’innovation se sont-ils donc tous envolés pour ce segment?

Absolument pas! Bien que Pfizer soit un acteur majeur dans de nombreux domaines de la médecine, la société n’occupe plus la place de leader sur le marché des neurosciences. Avec le licenciement de quelque 300 employés (soit près de 0,3%% de son effectif mondial total), Pfizer a démontré que les neurosciences ne constituaient plus une priorité majeure. Si la nouvelle a bien évidemment fait des remous parmi la presse spécialisée, de nombreuses innovations dans les domaines de la neurologie et de la psychiatrie nous incitent à rester optimistes quant à l’avenir de ce segment.

Les neurosciences présentent depuis toujours de nombreux enjeux dans la découverte de médicaments en raison de la profonde complexité du cerveau humain et des difficultés à mesurer précisément et objectivement toute évolution notamment dans la cognition ou la santé mentale. Ces enjeux n’ont toutefois pas empêché la progression des entreprises en offrant de nouvelles solutions aux patients. C’est notamment le cas de quelques récentes innovations. L’an dernier, Neurocrine Biosciences a introduit un médicament destiné aux patients souffrant de dyskinésie tardive, une maladie invalidante qui entraîne des mouvements répétitifs involontaires du corps. Parallèlement, Sage Therapeutics, conduisait avec brio des études cliniques sur différents groupes atteints de dépression sévère et de dépression post-partum.

Porteuses d’espoir, ces «success stories» participent à l’évolution du secteur, mais de nombreux autres défis nous attendent. La maladie d’Alzheimer, notamment, dont les tentatives de traitement se sont soldées par d’innombrables échecs, est l’un des principaux champs de bataille. Pfizer a essuyé quelques revers sur ce segment, ce qui a probablement joué un rôle dans sa décision. En dépit de toutes ces déroutes, certaines entreprises poursuivent leurs programmes. Si la recherche d’une thérapie efficace contre la maladie d’Alzheimer se révèle être une succession d’échecs, l’un des objectifs principaux reste la protéine bêta-amyloïde. De nombreuses entreprises se sont appuyées sur des recherches antérieures pour optimiser leurs programmes en affinant la forme spécifique de la protéine à dissoudre et en proposant un traitement anticipé aux patients. Parmi les principaux acteurs du secteur se trouvent Biogen, Roche, Eli Lilly, Eisai, Amgen, ou encore Astra-Zeneca & Co. Des données encourageantes ont pu être générées et le temps nous dira si cette stratégie est la bonne. Néanmoins, indépendamment de la bêta-amyloïde, d’autres hypothèses sont prometteuses: de nouvelles stratégies voient le jour, notamment celles qui visent la protéine ou s’attaquent à la neuro-inflammation. Ainsi, les besoins et les opportunités resteront nombreux dans ce domaine passionnant du développement de médicaments.

*Senior biotechnology analyst Candriam Investors Group






 
 

AGEFI




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