Stations de ski: le retour du hollandais

jeudi, 01.03.2018

Daniel Kalt*

Si ce n’est pas un signe que le tourisme suisse relève clairement la tête grâce à la dépréciation du franc: dans les stations de ski, on entend à nouveau parler hollandais, entre autres langues étrangères.

Depuis plus de dix ans, nous passons chaque année une semaine en famille avec nos enfants dans la Basse-Engadine. Faisons un retour en arrière: quand nous étions à Scuol en février 2007, le cours de l’EUR-CHF était aux alentours de 1,65. 

Le village, les hôtels et les pistes étaient bondés. Il y avait facilement cinq ou six cours de ski par niveau. Suisses, Allemands, Hollandais, Britanniques et Italiens se bousculaient sur les pistes et dans les refuges.

Puis est arrivée la crise financière et, dans son sillage, l’appréciation du franc. Durant l’été 2007, la valeur de l’euro a chuté de 1,68 franc à près de 1 franc, et cela en trois ans à peine.

La traversée du désert pour l’hôtellerie

Ce que nous avons pu observer pendant ces années lors de notre semaine de ski annuelle en Basse-Engadine était symptomatique de l’évolution du tourisme suisse dans son ensemble. 

En un an, les Hollandais ont disparu, suivis des Britanniques et des Italiens, et même les Allemands se sont faits rares. Et il n’y avait plus que deux cours de ski par niveau, trois dans le meilleur des cas. D’un coup, et c’était très agréable, nous avions à nouveau de la place sur les pistes et pouvions tracer, sans être gênés le moins du monde, de grandes courbes rapides avec nos skis carvés sur les pistes fraîchement préparées du matin. Et presque plus de queue aux remontées mécaniques!

Progression de 5% du nombre de nuitées

Ce qui était plaisant pour nous s’est avéré assez catastrophique pour l’hôtellerie et les remontées mécaniques. La traversée du désert fut longue et dure. Une cure de remise en forme rigoureuse et l’amélioration de la qualité du service devaient assurer la compétitivité internationale.

A partir de 2011, en introduisant un seuil de change de 1,20 par rapport à l’euro, la Banque nationale suisse (BNS) a un peu détendu la situation et rendu le taux de change plus prévisible. 

Mais tout a changé en février 2015 quand la BNS a abandonné ce plancher et que le franc s’est à nouveau fortement apprécié par rapport à l’euro, jusqu’aux alentours de 1,05-1,07.

Ce n’est que l’été dernier que la situation s’est améliorée notablement grâce à la dépréciation du franc. Le taux de change par rapport à l’euro s’établit actuellement à 1,18. 

La preuve semble en être que, lors de nos dernières vacances à Scuol, nous avons, à nouveau, très souvent entendu parler hollandais et allemand aux tables voisines. Un coup d’œil sur les statistiques confirme notre impression subjective.

Le nombre de nuitées en Suisse a progressé de près de 5% par rapport à l’an dernier. Entendre davantage parler hollandais est donc une évolution tout à fait réjouissante. Nous en prenons volontiers notre parti, même si les stations sont un peu plus remplies de monde. Heureusement, avec les abondantes chutes de neige de cette année, nous avons pu skier un peu en dehors des pistes.

*Chef économiste Suisse, chief investment office UBS






 
 

AGEFI




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