Indice Transparency International: la corruption est un impôt

mercredi, 28.02.2018

Marie Owens Thomsen*

L’organisation Transparency International a publié récemment son indice 2017 de perception de la corruption à travers le monde. 

La Suisse se trouve au troisième rang, à égalité avec la Finlande et la Norvège, et juste après la Nouvelle-Zélande, à la première place, et le Danemark en deuxième. Pour donner un peu de relief, les Etats-Unis se situent en 16e position, la Chine en 77e, et l’Inde en 81e. En dernière position (180e rang) se trouve la Somalie.

La Suisse peut alors se féliciter de cette bonne performance. Néanmoins, son score n’est pas parfait. Un score de 100 suggérerait l’absence de corruption et la Suisse ne se trouve qu’à 85, ayant perdu un point depuis 2016. 

Neuf des pays placés dans le top-10 du classement ont vu leur score baisser ces dernières années - rien de dramatique, certes, mais un constat regrettable tout de même. Hormis la Hongrie et la Bosnie Herzégovine, l’Europe de l’Est s’est sensiblement améliorée, la plupart des pays se situant aux alentours d’un score de 50. l’Estonie fait exception avec un score de 71, juste derrière le Japon, au 21e rang, et devance la France en 23e position.

Seul 54 pays sur 180 ont un score de 50 ou plus, soit l’équivalent de 30% des pays analysés. Un nombre élevé de 70% des pays tombent alors dans la moitié la plus corrompue du classement. Une étude importante de la Banque Mondiale (The Changing Wealth of Nations 2018: Glenn-Marie Lange et al.), analyse l’évolution de la richesse mondiale et constate une augmentation de 66% entre 1995 et 2014 (de 690.000 milliards de dollars à 1.143.000 milliards de dollars, ajustés pour l’inflation). 

Cette évolution favorable cache le fait que certains pays ont enregistré une perte de richesse sur la même période et ce sont en général des pays particulièrement touchés par les conflits armés et par la corruption, comme par exemple les deux Républiques du Congo (toutes deux au 161e rang dans le classement de Transparency International).

Le Fonds Monétaire International a estimé en 2016 que le coût de la corruption mondiale s’élevait à près de 2000 milliards de dollars, soit 2% du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial. 

Une autre étude menée par la Rand Corporation, incluant d’avantage d’effets indirects de la corruption, estime le coût de la corruption en Europe à près de mille milliards d’euros par an, soit quelque 6% du PIB de la zone euro.

La conclusion est qu’il ne suffit pas de se situer en haut de l’indice de perception de la corruption car même à ce niveau-là, la corruption est un impôt considérable sur l’activité mais qui ne génère rien en contrepartie pour les contribuables.

Ces sommes auraient pu financer la majeure partie des dépenses de santé publique, par exemple (8,7% du PIB en Allemagne et 7,7% en Suisse en 2014 selon la Banque Mondiale). 

La conclusion est également que la politique qui pourrait avoir le plus d’impact sur nos taux de croissance du PIB n’est en général pas celle qui est la plus discutée - la politique monétaire et fiscale - mais celle qui consiste à améliorer les institutions, les lois, et la transparence. Que la lumière soit.

*Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI




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