Les actions favorisées par les taux de change et les impôts américains

jeudi, 15.02.2018

Philippe G. Müller*

Depuis l’été dernier, les conditions monétaires sont redevenues favorables à l’économie suisse. Cela vaut aussi, après plusieurs années difficiles, pour les bénéfices en francs réalisés à l’étranger. En effet, un franc plus faible favorise la conjoncture intérieure et les bénéfices réalisés à l’étranger prennent mécaniquement plus de valeur. Le facteur monétaire pourrait doper les bénéfices de 1 à 5%.

L’an passé, on avait déjà observé un revirement dans l’évolution des bénéfices en Suisse. Pour l’exercice 2017, on peut s’attendre à une croissance des bénéfices à un chiffre. Pour 2018, les pronostics moyens du marché indiquent une augmentation des bénéfices d’environ 17%, ce qui paraît trop optimiste: la hausse ne devrait guère dépasser 10%.

Les acteurs du marché suivent avec grand intérêt les effets de la baisse de l’impôt fédéral sur les entreprises de 35% à 21%. Elle devrait également profiter aux entreprises suisses implantées sur le sol américain.

L’urgence de la réforme de l’imposition des sociétés

Cela dit, leur taux d’imposition réel est déjà souvent inférieur aux 35% nominaux grâce à divers allègements, crédits et déductions. D’autre part, les entreprises présentant des crédits d’impôt latents américains en perdront une partie avec la baisse des taux d’imposition.

La Suisse n’échappera pas à la tendance et doit d’urgence plancher sur une réforme de l’imposition des sociétés. L’érosion des crédits d’impôt latents américains pénalise surtout certaines banques et compagnies d’assurance.

La nouvelle Base Erosion Anti Abuse Tax (BEAT) va affecter particulièrement le secteur financier. Les établissements non américains seront d’ailleurs probablement désavantagés.

 Si, en général, les entreprises ne révèlent pas combien d’impôts elles paient et où exactement, il est possible de déterminer lesquelles profiteront le plus de la réforme fiscale américaine. Au sein du Swiss market index (SMI), ABB, Adecco, Lonza, Nestlé, Roche, SGS, Sika et Zurich Insurance devraient en faire partie.

Le marché des actions suisse montre que le rapport cours/bénéfice (RCB) du SPI, sur la base de l’estimation des bénéfices des entreprises pour les douze prochains mois, tourne actuellement autour de 18x, au-dessus de sa moyenne sur 30 ans (15x). Si le RCB est historiquement élevé, le rendement sur dividendes est attrayant. Avec 2,9% attendus pour la prochaine saison des dividendes, il est nettement supérieur à sa moyenne de 2,4% depuis l’an 2000.

Sur le marché suisse des actions, les placements préférés des spécialistes d’UBS sont les «titres de qualité à dividendes». Compte tenu du niveau extrêmement bas des taux d’intérêt et des rendements obligataires en francs suisses, les dividendes de qualité en pleine hausse restent particulièrement intéressants.

Mais le facteur croissance est aussi important. Les actions à rendement pur ne peuvent plus profiter de la baisse des taux et l’embellie conjoncturelle permet une remontée des ventes et des bénéfices. Les distributions exonérées de l’impôt anticipé sont encore plus attrayantes, de même que les titres qui profitent particulièrement de l’appréciation de l’euro. Les actions, dont la trésorerie disponible (free cash-flow) laisse espérer un bon rendement, constituent, elles aussi, une opportunité intéressante.

*Economiste responsable pour la Suisse romande, CIO WM UBS






 
 
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