Assurance dentaire vaudoise: une tromperie organisée

jeudi, 15.02.2018

Sophie Paschoud*

Appauvrir les travailleurs pour leur propre bien et étouffer les entreprises avec de nouvelles charges. Voilà comment on peut résumer le projet d’assurance dentaire sur lequel les Vaudois devront se prononcer le 4 mars prochain.

Une assurance qui prendrait en charge les frais dentaires est une idée a priori sympathique, tant il est vrai que certains traitements peuvent se révéler extrêmement onéreux. 

Mais il suffit de creuser un peu pour se rendre compte que l’initiative soumise au vote le 4 mars prochain est une aberration.

Le remboursement des frais «de base»

Premièrement, elle prévoit le remboursement des frais «de base», par opposition aux soins lourds et complexes (tels que la pose de couronnes ou d’implants et les traitements orthodontiques), qui sont précisément ceux que les moins bien lotis peinent à assumer. Les initiants ont beau s’agiter dans tous les sens et accuser les opposants de spéculation, cet élément a été confirmé par le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard.

Ensuite, les quelque trois cents millions de francs que coûterait cette plaisanterie seraient financés en partie par l’impôt et en partie par un prélèvement paritaire sur les revenus soumis à l’AVS que les intiants évaluent eux-mêmes à 1%. Autrement dit, la fameuse classe moyenne au nom de laquelle la gauche prétend s’exprimer, celle qui peine à nouer les deux bouts, celle qui n’a pas les moyens de financer ne serait-ce qu’un détartrage annuel verrait son salaire –mais non son revenu imposable...–amputé de 0,5%. 

Les employeurs devront aussi passer à la caisse

Pour un revenu de 4500 francs par mois, cela représente 270 francs par année, soit plus que le prix du détartrage prétendument inaccessible aujourd’hui faute de moyens... allez comprendre. 

Quant aux employeurs, ils pourront encore passer à la caisse alors qu’ils croulent déjà sous les charges. 

N’en déplaise aux extrémistes de gauche, l’immense majorité des entreprises sont des PME dont les bénéfices – quand elles en font – n’ont rien de scandaleux; un nouveau prélèvement de 0,5% sur les masses salariales mettrait nombre d’entre elles en difficulté. 

Et quoi qu’il en soit, au nom de quoi – en dehors de la so-li-da-ri-té, qui justifie toutes les ponctions – les entreprises devraient-elles financer les soins dentaires de la population?

Il est enfin question que soient instaurées des franchises de 300 francs pour les adultes et 100 francs pour les enfants. Autrement dit, sous réserve d’un détartrage annuel «gratuit», il faudra mettre la main au porte-monnaie même pour les frais «de base» (potentiellement 800 francs par année pour une famille de quatre personnes).

En résumé: diminutions de salaires, augmentation des coûts du travail et hausses d’impôt... tout ça pour un catalogue de soins minimaliste qui ne seront de surcroît pris en charge qu’après déduction de la franchise. 

Mais ainsi, toute la population bénéficiera d’un passage annuel chez l’hygiéniste. Chic alors! On peine décidément à comprendre par quel étrange cheminement intellectuel la gauche arrive à la conclusion que son projet soulagera la classe moyenne.

*Centre Patronal






 
 
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