Il est temps d’avoir un secrétaire d’État à l’Industrie 4.0

mercredi, 07.02.2018

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse.

Chaque révolution industrielle a été au cœur de tout changement économique, social et politique du pays. La première révolution industrielle a largement contribué à forger notre constitution, nos institutions politiques et notre système éducatif. La seconde, celle du fordisme et de l’électricité a donné via la production de masse, la sous-traitance, les lois de la protection sociale et les vacances payées, une société de la consommation. La troisième fut celle de la programmation informatique, de l’automatisation ainsi que de la bureautique qui déboucha notamment au niveau social sur la personnalisation et la diversité, mais aussi inventa une nouvelle protection vieillesse, celle du second pilier par capitalisation, etc.

Aujourd’hui, vient de démarrer la quatrième révolution industrielle. Elle aura sans aucun doute des conséquences importantes sur nos vies et nos institutions. Peut-être même son impact sera encore plus important si l’on songe par exemple, aux implications de l’intelligence artificielle (IA)!

Jugez-en par vous même:

L’IoT (Internet des Objets) permettra le développement réel des Smart Cities, la 5G introduira de nouveaux usages, la reconnaissance visuelle (IA) laissera le champ libre à la circulation sans chauffeur. Et le commerce aussi sera totalement transformé par IA: tous les magasins n’auront plus de caissières par exemple! Watson bouleversera la médecine de précision. Et la Smart Factory reviendra dans les quartiers pour «printer» n’importe quel objet utilitaire. Les capteurs sont les yeux des Objets. Les «wearables» seront des extensions de notre corps et la montre connectée, notre principal atout. Les assistants intelligents travailleront largement à notre place. 

Bref, aujourd’hui l’industrie construit les outils d’un monde futur ou les «Objets Intelligents» auront largement pris notre place! Cela devrait nous obliger à revisiter nos institutions sociales et politiques comme on l’a fait auparavant pour chaque révolution industrielle précédente. 

Mais voilà: on ne le fait pas!

On a à Berne toute sorte de Monsieur et de Madame... des hauts fonctionnaires en charge de dossiers d’importance comme un Monsieur Prix, une Madame Culture, un Monsieur Secrétaire d’Etat aux questions européennes et un autre à la science, etc. mais rien pour l’industrie 4.0. C’est surprenant et en fait très dangereux car le principal défi – et de loin – pour notre pays, c’est la révolution industrielle 4.0.

Comment imaginer que le politique puisse passer pareillement à côté de l’essentiel?

La première raison, c’est qu’il y a une large confusion sur l’interprétation de la révolution numérique et la seconde, c’est que le politique pense avant tout à court terme: la prochaine élection ou la prochaine votation. C’est tout ce qui compte pour eux. Alors pourquoi s’embarrasser de grand sujets complexes qui n’apportent guère de voix. On fait dans l’urgence pas dans la réflexion. Alors même que la révolution industrielle 4.0 déploie sa menace ou son opportunité (c’est selon), le politique regarde ailleurs. Il faut changer cela. Une mesure immédiate serait que le Conseil fédéral nomme un secrétaire d’Etat à l’industrie 4.0. La thématique aurait alors au moins un responsable. Après bien sûr, il y aura beaucoup de travail.

*Mathématicien, digital shaper 






 
 
agefi_2018-02-07_mer_02




...