Alternative à une mondialisation en roue libre: le commerce équitable

mercredi, 07.02.2018

René Longet*

René Longet.

Au moment où les seules options semblent être la poursuite d’une mondialisation sans foi ni loi ou le retour au protectionnisme, le commerce équitable souligne que d’autres issues sont possibles. Certes, avec un volume annuel de 7,7 milliards d’euros, il ne représente que 0,5% des échanges mondiaux de marchandises (de près de 16.000 milliards de dollars). Mais le modèle a largement fait ses preuves et ne demande qu’à progresser à travers nos choix individuels et collectifs –choix qui, démultipliés au quotidien, peuvent changer la face de l’économie globale et locale.

Né dans les années 1950 aux Pays-Bas ainsi qu’en Grande-Bretagne, le commerce équitable touche actuellement quelques 12 millions de bénéficiaires. Il assure un revenu décent et des débouchés pérennisés aux producteurs affiliés (agriculteurs, artisans), individuellement ou à travers une coopérative. Il offre au consommateur une triple garantie: d’origine, sociale, mais aussi environnementale: très souvent, le label équitable va de pair avec des modes de culture biologiques et agroécologiques.

Il soutient la transformation locale, sur place, et diminue fortement – de moitié, dans le cas du café – le nombre d’intermédiaires. Si ces derniers dominent les filières usuelles, ici c’est le producteur qui est au centre d’une relation la plus directe possible. 

Le pays avec la plus forte part de marché

La Suisse est le pays à la plus forte part de marché des produits du commerce équitable, la majorité des bananes par exemple sont fournies par ce biais. La progression est régulière et des collectivités publiques commencent à se joindre au mouvement. Ainsi tout récemment la ville de Carouge est devenue la première Fair Travel Town romande. 

On peut, à l’heure où il s’agit de redéployer les savoirs-faire locaux et de réduire les coûts environnementaux dus aux transports lointains, se demander si l’importation – même équitable – de produits venant de l’autre bout de la Planète est encore défendable. 

Taux d’approvisionnement alimentaire de 50%

En particulier pour un pays comme la Suisse, au taux d’auto-approvisionnement alimentaire (en moyenne de toutes les filières agricoles) de 50%, la réponse sera oui; sans importations, nous ne mangerions qu’un jour sur deux!

Et l’on peut rejeter la dictature des économies d’échelle et des délocalisations sans pour autant vouloir s’interdire de goûter des produits d’ailleurs... Mais n’oublions pas que la notion d’«équitable local» correspond aussi aux revendications paysannes et à la promotion des circuits courts dans le Sud comme au Nord, à travers des produits sains, bons – et payés au juste prix!

*Expert en développement durable






 
 

AGEFI


 

 



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