Un bienfait retardé du communisme!

lundi, 05.02.2018

Jacques Neirynck, professeur honoraire EPFL

L’immigration dans les pays de l’Ouest européen est considérée comme un inconvénient par les partis populistes, prompt à y repérer une concurrence sur les salaires, une destruction de l’identité nationale et une exploitation de la sécurité sociale. Ils font l’impasse sur l’avantage réel que représente l’apport d’une population jeune et bien qualifiée, dans des territoires en pénurie de main d’œuvre suite à la dépopulation par baisse de la fécondité.

Or les immigrants ne viennent pas de nulle part. Surtout de l’Europe de l’Est, qui traîne toujours les séquelles de la néfaste économie communiste.

Les meilleurs éléments, capables de s’implanter dans le marché du travail de l’Ouest, sont naturellement – oserait-on dire légitimement – attirés par un différentiel de salaire écrasant. Le gain horaire médian en 2014 s’établit à 1.7 euro en Bulgarie contre 25,4 au Danemark. Qui peut résister à multiplier son revenu par un facteur 15, même si le coût de la vie est plus élevé?

Car le PIB par tête, calculé en parité de pouvoir d’achat, est encore 11 fois plus élevé en Suisse qu’en Moldavie. Et cela trente ans après l’effondrement du Mur de Berlin.

Une fois partis les chercheurs, les techniciens, les médecins formés dans ces pays pauvres, il reste des travailleurs non qualifiés, qui fournissent une main d’œuvre bon marché aux investisseurs du reste de l’Europe et qui entraînent logiquement des délocalisations d’entreprises au détriment des travailleurs de l’Ouest.

En plus, se dessine un désastre démographique. La Lituanie et la Lettonie ont perdu en vingt ans le cinquième de leur population tandis que la Suisse a augmenté la sienne de 17%. Le seul pays de l’Ouest en légère décroissance est l’Allemagne, ce qui explique et justifie le geste d’Angela Merkel, accueillant d’un seul coup un million de réfugiés.

A première vue, cette vague d’émigration, qui n’est pas sans rappeler les invasions antiques du Ve et VIe siècles, constitue donc un double désastre, démographique pour l’Est et politique pour l’Ouest. Elle a entraîné en tous cas le Brexit et risque de détruire les relations bilatérales entre la Suisse et l’UE, sous les coups répétés d’initiatives xénophobes.

La tentation naturelle est de l’arrêter en fermant les frontières. Mais dans ce cas, les plateaux de la balance iront en sens inverse et ce seront les pays de l’Ouest, qui subiront un déclin démographie avec tout ce que cela implique de stagnation économique.

Rappelons que le faible taux de fécondité de la Suisse est tel qu’il y manque le tiers des naissances pour maintenir la population.

Nous sommes donc bénéficiaires d’une double iniquité: l’Ouest profite à la fois d’une main d’œuvre bon marché, exploitée par lui dans l’Est, et d’un apport sur son territoire de main d’œuvre qualifiée, formée aux frais des pays pauvres. L’UE reproduit le schéma du territoire américain où les Etats des côtes Est et Ouest drainent les meilleurs éléments vers des industries de pointe.

C’est l’application d’un constat déjà mentionné dans la parabole évangélique des talents: on enlèvera à ceux qui ont peu pour donner à ceux qui ont beaucoup.






 
 

AGEFI


 

 



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