Temps de travail: les contre-vérités syndicales

lundi, 05.02.2018

Marco Taddei, Union patronale suisse

La durée du travail s’allonge en Suisse? C’est en tout cas l’avis de l’Union syndicale suisse (USS) qui, lors de sa récente conférence de presse annuelle, a fait état d’une augmentation de la durée annuelle de travail des salariés à plein temps sur la période 2013 à 2016.

Pour enrayer cette dérive, la centrale syndicale a fait de la diminution du temps de travail son cheval de bataille pour l’année 2018.

Une fois de plus, les syndicats font fausse route. La raison en est simple: le calcul de la durée de travail annuelle ne permet pas d’obtenir des chiffres probants quant au niveau et à l’évolution du temps de travail des salariés. Reposant sur des prémisses erronées, l’activisme de l’USS s’apparente ainsi à un combat de Don Quichotte. Explications.

Une donnée à géométrie variable

La durée annuelle de travail est une donnée à géométrie variable, qui peut notamment fluctuer en fonction du nombre de jours fériés. Si pendant une année, il y a davantage de jours fériés tombant en fin de semaine – comme ce fut le cas, par exemple, du 24 décembre dernier – le nombre de jours de travail effectifs s’en trouve ipso facto augmenté.

La même remarque vaut pour les années bissextiles. L’année 2016 en était une. Conséquence: le lundi 29 février 2016, les Helvètes ont travaillé normalement. Résultat: en 2016, la durée de travail annuelle effective a augmenté de huit heures par rapport aux années non bissextiles.

Comparer des durées annuelles de travail, comme le fait l’USS, conduit à une vision biaisée de la réalité. Pour avoir une indication précise de l’évolution de la durée du travail, il faut donc, comme le fait l’Office fédéral de la statistique (OFS), axer son analyse sur les données hebdomadaires qui, elles, présentent l’avantage d’être expurgées des jours fériés et des années bissextiles. Cette approche aboutit, sans surprise, à un tout autre constat que l’image présentée par les syndicats.

Des écarts ponctuels

Aux dires de l’OFS, la durée hebdomadaire effective du travail des salariés à plein temps s’est réduite, entre 2011 et 2016, de 13 minutes pour s’établir à 41 heures et 10 minutes, tandis que la durée des vacances augmentait de 0,3 jours. Ce recul global des heures de travail hebdomadaire n’exclut pas, bien sûr, que l’activité professionnelle ait pu augmenter dans certaines branches.

Mais des écarts ponctuels ne sauraient être utilisés comme trompe-l’œil pour mettre indûment en avant une tendance générale à l’augmentation de la durée du travail.

On le voit, les travailleurs suisses ne sont donc pas des stakhanovistes.

Un autre chiffre de l’OFS le confirme: en 2016, plus d’un tiers des salariés suisses travaillaient à temps partiel. Les syndicats n’en ont cure.

En peignant le diable sur la muraille, ils affinent leur stratégie d’opposition à l’assouplissement de la saisie du temps de travail, réclamée par plusieurs interventions parlementaires.






 
 
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