Blockchain, la révolution anarchiste qui valait des milliards

lundi, 05.02.2018

Yacine Rezki, avocat Oberson Abels

Connue à ses prémices sous l’étendard du bitcoin et portée par les mouvements cyberpunk, la blockchain est passée du statut de symbole de la culture alternative geek à celui d’une révolution technologique mondiale.

Si la blockchain a entraîné des milliers d’investisseurs et de spéculateurs dans une ruée vers l’or hors de contrôle, les possibilités qu’elle offre suscitent désormais l’engouement du grand public, des journalistes, des avocats, et même des plus hautes institutions.

Un domaine reste toutefois encore à l’écart: celui de la politique. Non pas la politique de l’utilisation de la blockchain, mais celle du système informatique qui permet à la blockchain d’exister. Car sous les milliards générés ou perdus chaque jour dans les blockchain du monde, se cache un système de pensée cyniquement proche de l’anarchisme. Associé à la technologie, ce courant de pensée constitue l’essence même de la blockchain.

Réduite à sa plus simple fonction, la blockchain est un protocole dont l’exécution par des ordinateurs permet la tenue d’un registre. Ce registre constitue l’historique des transactions réalisées sur la blockchain. La tenue du registre implique la participation des utilisateurs qui s’assurent que chacun ne transfert que ce qu’il possède et - corrélativement - ne reçoit que ce qui lui est dû. Concrètement mais schématiquement, les utilisateurs doivent déterminer que le solde transféré est disponible en contrôlant l’historique du registre. Il s’agit d’un système décentralisé car les décisions d’approbation ou de refus des transactions ne sont pas le fait d’une institution ou d’une autorité. Elles dépendent de la compatibilité des décisions individuelles des utilisateurs entre elles. Ainsi, plus une décision est compatible avec d’autres, plus celle-ci sera prise en compte par le système.

La blockchain fonctionne sans maître, mais par la collaboration horizontale et coordonnée des utilisateurs. Cette coordination dépend d’un alignement d’intérêts individuels et non pas de la soumission à un pouvoir institutionnel. Ces caractéristiques techniques, certes outrageusement simplifiées, raisonnent comme l’écho numérique contemporain de la pensée anarchiste d’autrefois.

Aujourd’hui synonyme de chaos, l’anarchisme s’est conçu comme un système prétendument apte à ordonner les rapports sociaux sans l’intervention d’un pouvoir centralisé. Plus encore, l’anarchisme abroge la notion même de hiérarchie qu’il remplace par le principe quasi-dogmatique de l’autogestion.

Sans doute le parallèle a-t-il ses limites. La blockchain est éloignée des considérations péjoratives sur le capital, et permet, bien au contraire, le développement de l’entreprenariat et de la finance. Le point central du rapprochement est peut-être l’ambition d’être un ordre autonome représentatif de la concordance des intérêts de tous. Cette ambition vertueuse est sans doute le véritable apport de la blockchain. L’anarchisme aura muri, délesté de ses utopies anticapitalistes, sa numérisation en aura préservé l’essentiel. Les dogmes devenus protocoles, et les anarchistes cyberpunks: la blockchain sera révolution.






 
 
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